– Avec la collaboration de Vivien Lee, d’Aaron Ma et d’Eric Savoie
Le point sur la guerre en Iran
L’interprétation que l’on fait de l’état actuel du conflit entre les États-Unis et l’Iran dépend fortement de l’angle sous lequel on l’aborde.
Les bonnes nouvelles
Si l’on opte pour une interprétation optimiste, la guerre elle-même connaît une accalmie depuis près d’un mois (voir le graphique ci-dessous). Les missiles et les drones n’envahissent plus le ciel, ce qui est assurément une très bonne nouvelle. Dans la grande majorité des guerres, ce serait pour ainsi dire la seule chose qui compterait.
Le nombre quotidien de missiles et de drones lancés par l’Iran demeure faible
Au 1er mai 2026. Données compilées par l’outil d’IA RBC de recherche en ligne des actualités, des analyses de tiers et des déclarations officielles des ministères de la Défense des pays du Golfe. Source : RBC GMA.
Les nouvelles mitigées
Si l’on opte cette fois pour une interprétation modérée, les deux pays continuent de dialoguer, mais n’ont pas encore conclu d’accord de paix.
À plusieurs reprises, les deux pays semblaient avoir convenu du cadre général d’un accord, sans toutefois s’entendre sur les détails de chaque point. De récents commentaires suggèrent cependant que les deux parties ont de nouveau pris leurs distances. Plusieurs discussions prévues ont été annulées et les tensions se sont accrues. En revanche, le Pakistan continue de jouer le rôle de médiateur et, en coulisses, la Chine incite probablement l’Iran à conclure un accord.
Les principaux points de friction sont le contrôle du détroit d’Ormuz et l’enrichissement nucléaire iranien. On ne sait pas exactement quelle sera la solution, mais nous continuons de croire qu’il existe une voie vers un accord et que les deux parties ont tout intérêt à y parvenir.
En ce qui concerne le détroit d’Hormuz, les États-Unis peuvent camper sur leurs positions en exigeant un accès libre, ou bien faire preuve de souplesse et accepter de payer une redevance à l’Iran ou un contrôle administratif conjoint entre l’Iran et Oman. En ce qui concerne l’enrichissement nucléaire, l’Iran a laissé entendre le mois dernier qu’il était disposé à suspendre son programme d'enrichissement nucléaire pendant cinq ans, en sachant que le pays avait déjà accepté il y a quelques années de faire l’objet d’une surveillance internationale intensive sur le terrain.
Les mauvaises nouvelles
Enfin, si l’on opte pour l’interprétation pessimiste, le détroit d’Ormuz reste en grande partie fermé (voir le graphique ci-dessous). C’est évidemment un problème majeur pour le marché mondial du pétrole et du gaz naturel. Cela explique pourquoi les prix du pétrole demeurent extrêmement élevés, et c’est là un facteur déterminant pour l’économie mondiale.
Le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz s’est effondré, mais il reprend
Au 1er mai 2026. Sources : Bloomberg, RBC GMA.
Les États-Unis ont récemment annoncé l’opération « Project Freedom », qui vise à escorter les navires dans le détroit d’Ormuz à compter du 4 mai. Cependant, l’Iran a menacé d’aggraver le conflit si cela venait à se produire, et les propriétaires de navires ont indiqué qu’ils ne voyaient pas très bien comment ce plan fonctionnerait. Ils hésiteraient à traverser le détroit d’Ormuz, même sous la protection théorique des États-Unis. À tout le moins, il ne s’agit pas d'une solution à long terme.
Dans l’ensemble, la situation du conflit s’est nettement améliorée par rapport à mars, mais la pénurie fondamentale de combustibles fossiles n’est pas près d’être résolue. Les marchés des paris sont devenus nettement plus pessimistes au cours de la semaine dernière. En effet, la probabilité que le blocus américain soit levé d’ici la fin mai est passée de 61 % à seulement 31 % (voir le graphique ci-dessous). Alors qu’il y a une semaine, on estimait que le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz devrait revenir à la normale d’ici la fin juin, cette probabilité est désormais tombée à 45 %.
Nous demeurons foncièrement optimistes : selon nous, les chances que le blocus soit levé d’ici le 31 mai sont supérieures à 31 %. Toutefois, une résolution à court terme nous semble incertaine.
Les marchés sont de plus en plus pessimistes quant à un retour à la normale dans le détroit d’Ormuz
Au 4 mai 2026. Retour à la normale dans le détroit d’Ormuz = le nombre moyen de passages dans le détroit (arrivée de navires) sur sept jours est de 60 ou plus selon les données indiquées. Sources : Polymarket, RBC GMA.
Les marchés boursiers ont sans doute réagi de façon excessive fin mars, lorsqu’ils ont chuté d’environ 10 % en réaction à un choc énergétique avant tout temporaire. Cependant, les sommets historiques atteints par plusieurs d’entre eux ces dernières semaines rendent le moment moins propice à une entrée tactique sur le marché.
À vrai dire, la vigueur du marché boursier ne s’explique pas uniquement par la minimisation de la crise énergétique. Les bénéfices du secteur de la technologie sont véritablement en hausse, et les perspectives offertes par l’IA suscitent un grand optimisme.
Néanmoins, le secteur de l’énergie pose à nouveau un risque de baisse évident en raison des éléments suivants :
Un accord pourrait s’avérer plus difficile à conclure que prévu.
Tant que le détroit d’Ormuz restera fermé, les prix du pétrole augmenteront probablement à mesure que les pénuries s’intensifient, plutôt que de simplement rester élevés.
Une partie des dommages économiques et inflationnistes se manifesteront plus tard et pourraient miner la confiance des investisseurs.
Avec un choc énergétique qui dure depuis déjà trois mois, les effets secondaires de l’inflation risquent de s’accentuer.
Quelle que soit la date de levée des blocus, il faudra plusieurs mois pour que la chaîne d’approvisionnement énergétique revienne à la normale.
Les prix « normaux » de l’énergie après la guerre seront vraisemblablement plus élevés qu’avant la guerre.
La situation budgétaire des gouvernements est mise à mal par la guerre en raison des subventions généralisées dans le secteur de l’énergie (voir la section ci-dessous).
Aide gouvernementale
Les plus fortes hausses des prix du pétrole brut et du gaz naturel ont été enregistrées en Asie et en Europe. Or, cela ne suffit pas à évaluer l’impact relatif de ce choc énergétique sur l’inflation et l’économie des différents pays.
Certes, cela laisse supposer que, toutes choses étant égales par ailleurs, ces marchés devraient subir le choc le plus violent. Toutefois, les gouvernements se sont efforcés d’atténuer certains des effets négatifs (voir le tableau ci-dessous).
Mesures prises par les gouvernements face à la hausse du coût du carburant
Au 1er mai 2026. Sources : Agence internationale de l’énergie (AIE), RBC GMA.
Il convient de noter qu’un grand nombre de pays ont mis en place des programmes visant à alléger le fardeau des consommateurs. Nombre d’entre eux ont réduit leurs taxes sur le carburant, dont le Canada, l’Allemagne, l’Espagne, l’Australie, le Brésil, la Turquie, l’Inde et le Vietnam. De leur côté, l’Indonésie et la Thaïlande ont introduit une subvention sur le carburant – une autre façon d’atteindre le même objectif.
Les mesures les plus radicales ont été prises par une poignée de pays, qui ont purement et simplement plafonné le prix de détail du carburant, notamment la Chine, le Japon, la Corée du Sud, le Mexique et la Pologne. Les Philippines ont également apporté leur soutien par le biais de diverses mesures.
Les États-Unis font ici figure d’exception. Bien qu’ils soient mieux protégés que la plupart des pays grâce à leur statut d’exportateur net d’énergie, ils ont laissé le choc énergétique se répercuter pleinement sur leurs consommateurs. D’ailleurs, le fait que la taxe sur le carburant soit moins élevée aux États-Unis signifie que la variation en pourcentage des prix à la pompe pour les consommateurs est plus importante dans ce pays que dans un marché équivalent où la taxe est plus élevée (car le taux est généralement fixe).
Il ne faut pas en conclure que l’indice des prix à la consommation (IPC) des États-Unis sera le plus affecté, mais leur avantage par rapport aux autres marchés pourrait être moins important que prévu. Le Royaume-Uni a également pris des mesures de soutien relativement limitées.
Dans l’ensemble, les pays asiatiques et européens ont déployé des efforts considérables pour soutenir les consommateurs, ce qui a contribué à réduire l’incidence sur leur pouvoir d’achat.
Certains pays, en particulier les marchés asiatiques confrontés à de véritables pénuries physiques de combustibles fossiles, ont également pris des mesures pour décourager la consommation. Ils ont notamment encouragé le télétravail et restreint les déplacements (voir la colonne de droite du tableau ci-dessus). Cela n’élimine pas pour autant les difficultés économiques, mais les réorientent d’une façon qui, espérons-le, réduira l’ampleur des dégâts.
– EL
Le changement de politique monétaire
Aux États-Unis, l’ancien président de la Fed, Jerome Powell, a tenu sa dernière conférence de presse en tant que président. Il demeurera toutefois gouverneur du Federal Open Market Committee (FOMC). La Maison Blanche a récemment abandonné les poursuites pénales à son encontre, ouvrant ainsi la voie aux sénateurs républicains pour qu’ils soutiennent la confirmation du candidat à la présidence de la Fed, Kevin Warsh. Cela devrait se produire au cours des prochaines semaines.
M. Warsh semble être en mesure de s’affranchir des pressions exercées par la Maison-Blanche, et il privilégie globalement un bilan plus restreint de la Fed et un taux directeur bas, avec la possibilité d’une courbe des taux légèrement plus accentuée.
Selon notre outil de suivi des banques centrales, l’ère de l’assouplissement monétaire dans le monde est bel et bien terminée (voir le graphique ci-dessous). Elle s’est étendue de 2024 au début de 2026. Ces périodes durent habituellement quelques années, et l’hypothèse la plus plausible désormais est que l’on pourrait assister à une période de hausses modestes à modérées.
L’ère des baisses de taux d’intérêt est révolue
Au 30 avril 2026. Graphique établi d’après les taux directeurs de 30 pays. Sources : Haver Analytics, RBC GMA.
Le passage à un resserrement budgétaire n’est pas automatique, comme en témoigne la longue période de stabilité au milieu des années 2010. Toutefois, les marchés anticipent désormais des hausses de taux dans un certain nombre de grands marchés développés (voir le graphique ci-dessous). De plus, la Banque de réserve d’Australie, qui fait parfois office de baromètre, a déjà relevé ses taux au printemps et semble en passe de le faire à nouveau prochainement.
Les marchés commencent à anticiper des hausses de taux par les banques centrales du G7
Au 30 avril 2026. Les lignes pointillées indiquent les prix des contrats à terme. Sources : Bloomberg, RBC GMA.
Nos nouvelles perspectives s’alignent maintenant largement sur ce biais, la Fed devrait laisser le taux des fonds fédéraux inchangé et la BCE, la Banque d’Angleterre, la Banque du Japon et la Banque du Canada ne devraient pas s’empresser de resserrer leur politique monétaire.
Il est logique que les banques centrales commencent à envisager des hausses de taux. Plusieurs appliquent des taux légèrement stimulants, mais la croissance économique est neutre et l’inflation est élevée.
Les indices des directeurs d’achats (PMI) du secteur manufacturier des pays développés se sont redressés de façon inattendue au cours des derniers mois, résistant au choc énergétique (voir le graphique suivant). Un large éventail d’indicateurs économiques ont récemment été positifs.
L’activité manufacturière s’est améliorée dans la plupart des pays développés
En date d’avril 2026. L’« indice PMI » désigne l’indice des directeurs d’achats de l’industrie manufacturière, qui mesure l’activité économique. Sources : Haver Analytics, RBC GMA.
Nous continuons de voir d’importants facteurs de croissance en 2026 (voir le tableau suivant). Notons que même si la politique monétaire pourrait commencer à se resserrer, l’héritage de plusieurs années de baisses de taux continuera de soutenir la croissance en 2026.
Des facteurs demeurent favorables à la croissance en 2026
Au 4 mars 2026. Source : RBC GMA.
Par ailleurs, en ce qui concerne l’inflation, les banques centrales peuvent regarder au-delà de l’effet temporaire direct du choc énergétique, mais l’éventail de répercussions augmente maintenant que le choc dure depuis plusieurs mois. Les prix du pétrole ne devraient pas se normaliser complètement, même après la réouverture du détroit d’Ormuz.
Que doivent savoir les investisseurs alors que nous nous dirigeons vers un régime de resserrement des taux ?
En reprenant la grille que nous avons utilisée par le passé, nous pouvons évaluer les rendements attendus des marchés boursiers et obligataires (voir le tableau suivant). Le contexte semble être en train de passer du quadrant supérieur gauche (« pas de récession » et « assouplissement » de la politique monétaire) au quadrant inférieur gauche (« pas de récession » et « resserrement » de la politique monétaire). Sans oublier que chaque cycle est en fin de compte unique, ce contexte est souvent associé à des gains solides, mais moins impressionnants du marché boursier que le précédent, et à des rendements nettement moins impressionnants des titres à revenu fixe. Ce scénario demeure le deuxième meilleur régime parmi les quatre, mais il est dans l’ensemble moins attrayant.
La grille de la politique monétaire et du régime économique aide à évaluer les rendements du marché
Au 28 avril 2026. Les données quotidiennes sur l’indice S&P 500 commencent en 1955 et les données sur les obligations américaines à 10 ans, en 1962. Le rendement et l’écart type sont annualisés. Le rendement minimal et le rendement maximal représentent les rendements cumulatifs de jours continus dans le régime. Le pourcentage de temps ne totalise pas 100 %, car il y a des périodes au cours desquelles la politique monétaire ne connaît ni resserrement ni assouplissement. Ces périodes ont été exclues de l’analyse. Source : RBC GMA.
– EL
L’enthousiasme suscité par l’IA alimente l’essor des semi-conducteurs
La guerre en Iran et la hausse des prix du pétrole continuent de freiner l’activité économique à court terme. Or, l’histoire laisse croire que les marchés financiers ont tendance à faire abstraction des obstacles à court terme pour se concentrer sur les occasions à long terme. La forte reprise des actions depuis la liquidation de mars indique probablement que les investisseurs se tournent vers un avenir où le conflit au Moyen-Orient s’apaise, où les prix du pétrole se stabilisent et où les dépenses en intelligence artificielle (IA) continuent de stimuler les bénéfices des sociétés.
Le secteur de la technologie, en particulier, a fait preuve d’un leadership marqué lors de la dernière reprise boursière, mais avec une nuance essentielle. Les actions des sociétés de logiciels ont continué de décevoir, poursuivant une tendance amorcée à la fin de 2025. Par contre, celles des sociétés de semi-conducteurs ont enregistré des gains explosifs (voir le graphique suivant).
Bien que les outils d’IA perturbent les fournisseurs de logiciels, la demande croissante de capacités informatiques profite aux sociétés qui fournissent les ingrédients des infrastructures d’IA. L’envolée des cours boursiers du secteur des semi-conducteurs laisse entrevoir un avenir prometteur, et qui s’améliore encore, pour les investissements liés à l’IA, mais nous reconnaissons aussi que, compte tenu de l’ampleur des gains récents et de l’importante distension des valorisations, les actions du secteur des semi-conducteurs seraient vulnérables si la promesse de l’IA s’évanouissait.
Le rendement des semi-conducteurs, des logiciels et du S&P 500 reflète la confiance dans l’avenir de l’IA
Au 30 avril 2026. Sources : Bloomberg, RBC GMA.
Il convient d’attirer l’attention sur les semi-conducteurs, car les gains démesurés des actions du secteur lui ont valu une place importante dans l’indice S&P 500. À la fin avril, le secteur des semi-conducteurs représentait 16,7 % du S&P 500 pondéré en fonction de la capitalisation boursière, chiffre qui a triplé depuis 2022 et qui représente près de la moitié de la pondération du secteur de la technologie (34,9 %) (voir le graphique suivant).
En raison de cette pondération accrue, les actions des semi-conducteurs peuvent avoir une influence considérable sur le rendement du S&P 500, que ce soit à la hausse si l’élan positif se poursuit, ou à la baisse si la récente tendance s’inverse.
Hausse des pondérations sectorielles pour la technologie, les semi-conducteurs et le matériel pour semi-conducteurs au sein du S&P 500
Au 28 avril 2026. Sources : Bloomberg, RBC GMA.
Selon certaines mesures techniques, le redressement récent de l’indice des semi-conducteurs de Philadelphie (SOX) est extrêmement long et vulnérable à un repli. L’indice a gagné 48 % depuis la fin de mars et 150 % au cours de la dernière année. L’indice de la vigueur relative de cet indice sur 14 semaines (RSI), qui mesure l’intensité de la variation des cours sur une période de 14 semaines, a dépassé le niveau de 70, qui indique un marché sursouscrit (voir le graphique suivant).
De plus, l’écart entre l’indice SOX et sa moyenne mobile sur 200 jours a grimpé de plus de deux écarts types au-dessus de sa moyenne sur 30 ans. L’indice est maintenant à son niveau le plus élevé depuis la bulle technologique de la fin des années 1990 (voir le graphique subséquent).
Ces indicateurs donnent à penser que la vitesse et l’ampleur de la récente reprise se situent à des niveaux historiques extrêmes, qui pourraient succomber aux forces d’un retour à la moyenne. Pour que de tels gains se poursuivent, il faudra probablement que les données fondamentales de l’IA demeurent solides et que les perspectives d’investissement dans l’IA continuent de s’améliorer.
Le redressement de l’indice des semi-conducteurs de Philadelphie (SOX) se poursuit, mais est vulnérable à un recul
Au 1er mai 2026. Sources : Bloomberg, RBC GMA.
L’indice des semi-conducteurs de Philadelphie dépasse sa moyenne mobile sur 200 jours
Au 30 avril 2026. Sources : Bloomberg, RBC GMA.
Cela dit, l’explosion des projets de dépenses en immobilisations des fournisseurs d’IA à très grande échelle pourrait bien justifier ces gains récents. Le graphique suivant présente les investissements annuels des sept magnifiques depuis 2020, ainsi que les prévisions pour 2026 à 2028. On peut en tirer deux observations majeures.
Premièrement, les investissements liés à l’IA devraient connaître une croissance fulgurante, passant de 378 G$ US l’an dernier à 668 G$ US cette année, pour grimper encore en 2027 et en 2028. Cependant, le plus frappant est peut-être que ces prévisions ont été fortement révisées à la hausse depuis le début de l’année. Depuis le 31 décembre 2025, les dépenses en immobilisations estimatives pour 2026, 2027 et 2028 ont été accrues respectivement de 166 G$ US, 231 G$ US et 275 G$ US.
Autrement dit, le montant total prévu pour les trois prochaines années (y compris 2026) a augmenté à 2 310 G$ US. Ce montant dépasse de 672 G$ US (41 %) ce qu’on anticipait il y a à peine quatre mois (1 640 G$ US).
Les estimations des dépenses en immobilisations des sept magnifiques augmentent rapidement
Au 1er mai 2026. Les « sept magnifiques » sont Alphabet, Amazon, Apple, Meta, Microsoft, Nvidia et Tesla. Sources : Bloomberg, RBC GMA.
L’augmentation des investissements a une incidence notable sur les prévisions de bénéfices des sociétés participant à l’expansion de l’IA, en particulier celles qui fabriquent les semi-conducteurs. Les hausses les plus importantes des prévisions de bénéfices cette année ont été relevées dans les secteurs suivants (voir le prochain graphique) :
semi-conducteurs (+34,7 %),
énergie (+16,4 %),
matériel et équipement technologiques (+12,5 %)
matières (+11,4 %).
La hausse dans le secteur de l’énergie a été soutenue par la flambée des prix du pétrole découlant de la guerre en Iran, mais celle observée dans le secteur des semi-conducteurs se démarque par son ampleur. En fait, les attentes relatives aux bénéfices n’ont guère changé dans la plupart des groupes sectoriels ; c’est dans les segments touchés par l’énergie et l’intelligence artificielle que les révisions se sont concentrées.
Les prévisions de bénéfices augmentent le plus rapidement dans les secteurs des semi-conducteurs, de l’énergie, du matériel technologique et des matières
Au 28 avril 2026. Sources : Bloomberg, RBC GMA.
Dans ce contexte, les investisseurs sont prêts à payer un prix assez élevé pour les actions des sociétés de semi-conducteurs. Le ratio cours-chiffre d’affaires de ces actions a bondi à 17,4x, soit près du triple de sa moyenne à long terme de 5,0x (voir le graphique suivant).
Le ratio augmente parallèlement à une hausse substantielle du chiffre d’affaires, même s’il convient de reconnaître que, dans le passé, cette dernière a été très cyclique. Par conséquent, le ratio très élevé pourrait ne pas rémunérer adéquatement les investisseurs en cas de ralentissement.
Les actions de sociétés de semi-conducteurs et de matériel pour semi-conducteurs de l’indice S&P 500 s’apprécient sur fond de hausse du chiffre d’affaires
Au 29 avril 2026. Sources : Bloomberg, RBC GMA.
La valorisation élevée des sociétés de semi-conducteurs est remarquable comparativement à la moyenne historique, mais surtout comparativement à d’autres groupes sectoriels, même ceux de la technologie. Le graphique suivant illustre les ratios cours-chiffre d’affaires de chaque secteur d’activité compris dans l’indice S&P 500, classés par couleur. Le secteur des semi-conducteurs, dont le ratio cours-chiffre d’affaires s’établit à 17,4x, arrive loin devant les autres secteurs de la technologie, à savoir celui des logiciels et services, et celui du matériel et équipement technologiques, dont les ratios sont respectivement de 7,8x et de 6,7x.
Bien que les ratios de ces groupes soient supérieurs à leurs moyennes à long terme respectives, celui des fabricants de semi-conducteurs est exceptionnel. Il reflète des attentes de croissance phénoménale et durable des ventes dans ce secteur.
Les ratios cours-chiffre d’affaires de l’indice S&P 500 témoignent des attentes élevées pour la croissance future des semi-conducteurs
Au 28 avril 2026. Sources : Bloomberg, RBC GMA.
Les investisseurs semblent de plus en plus convaincus que les infrastructures de l’IA sont en train de devenir un investissement prioritaire pour l’économie. L’accélération des dépenses en immobilisations et le relèvement des prévisions de bénéfices prouvent que la révolution de l’IA est bien réelle et prometteuse. Cependant, comme la demande de semi-conducteurs a toujours suivi des trajectoires cycliques et que les valorisations ainsi que les indicateurs techniques sont excessifs, les investisseurs auront peut-être intérêt à modérer leurs attentes. Dans ce contexte, la gestion du risque revêt une importance capitale.
– ES
L’IA sera-t-elle une technologie dont le gagnant remporte tout ?
Compte tenu du rythme effréné et exponentiel de l’amélioration du rendement des modèles d’IA, on peut se demander si un ou deux acteurs majeurs finiront par dominer le marché, grâce à des modèles fondateurs extrêmement puissants et largement adoptés dans diverses applications destinées aux entreprises et au grand public. Ou y aura-t-il de la place pour de nombreux concurrents, y compris des sociétés de petite taille et des modèles spécialisés et axés sur des tâches spécifiques ? Alors, verra-t-on un gagnant écraser tous ses concurrents ou bien le marché restera-t-il diversifié et concurrentiel ?
La question est cruciale pour les investisseurs. Elle détermine si la bonne stratégie de placement consiste à se concentrer sur les pionniers ou plutôt sur un ensemble plus large d’acteurs.
Dans le secteur de la technologie, les exemples de gagnants qui raflent tout sont nombreux. Pensons aux sociétés qui s’imposent comme les chefs de file incontestés d’un segment du marché. Mentionnons notamment Meta dans les médias sociaux, Google dans la recherche et Amazon dans le commerce de détail en ligne. La technologie est propice à la concentration pour plusieurs raisons :
Structure des coûts : les plateformes technologiques nécessitent généralement des investissements initiaux importants dans la recherche et le développement, le capital humain et la propriété intellectuelle. Cependant, le coût marginal lié à l’augmentation de la production ou du nombre d’utilisateurs est presque nul. Les barrières à l’entrée élevées et les économies d’échelle importantes sont des facteurs courants de concentration du marché.
Effets de réseau : la technologie produit souvent des effets de réseau notables, qui prennent de la valeur à chaque nouvel utilisateur et aident les grandes entreprises à prendre de l’expansion. Grâce aux outils d’IA, un programmeur pourrait créer un clone de Facebook assez facilement, mais ce clone aurait peu de valeur sans les 3 milliards d’utilisateurs actifs par mois de son modèle.
Effets de réseau des données : plus il y a d’utilisateurs, plus il y a de données, le « nouvel or » d’une économie de plus en plus axée sur la technologie. Elles permettent d’améliorer plus rapidement les produits et les algorithmes, attirant ainsi encore plus d’utilisateurs vers la plateforme grâce à une boucle de rétroaction positive.
Fusions et acquisitions : les géants de la technologie achètent activement des joueurs de moindre importance, ce qui accroît la concentration du marché. Selon le Center for Research on Multinational Corporations, Alphabet, Amazon, Apple, Meta et Microsoft ont acquis au moins 191 entreprises entre 2019 et 2025, soit une tous les 11 jours en moyenne. Les organismes de réglementation n’ont empêché que deux fusions.
Certains de ces facteurs sont également présents dans l’IA :
Les investissements massifs dans la capacité de calcul pour entraîner les modèles fondateurs et la nécessité de réinvestir continuellement pour garder une longueur d’avance sur les concurrents constituent des barrières à l’entrée. En 2025, OpenAI aurait investi 5 milliards de dollars dans la recherche et le développement axés sur le calcul. De ce montant, seuls 400 millions de dollars ont été consacrés à l’entraînement final de GPT 4.5. xAI a également dépensé près de 500 millions de dollars pour entraîner Grok 4, soit presque deux fois plus que pour Grok 3, lancé à peine cinq mois plus tôt. De fait, le coût de l’entraînement des modèles fondateurs a doublé en moyenne tous les sept mois (voir le graphique ci-dessous).
La rétroaction des utilisateurs et les données générées pendant l’inférence (prévisions à l’aide de modèles entraînés) peuvent aider à peaufiner les modèles, de sorte que ceux qui bénéficient d’un plus grand nombre d’utilisateurs s’améliorent plus rapidement. De plus, comme les modèles s’améliorent eux-mêmes grâce à l’apprentissage récursif, les plateformes plus populaires devraient prendre de l’expansion à un rythme encore plus rapide, favorisant, encore une fois, les plus importantes.
Comme les modèles sont de plus en plus intégrés aux processus opérationnels et que l’apprentissage en contexte permet d’améliorer les résultats, il devient de plus en plus difficile de changer de plateforme. Il en résulte un avantage concurrentiel pour les sociétés les plus performantes et des obstacles pour les nouveaux venus. Selon un sondage mené en 2025 par Menlo Ventures, seulement 11 % des entreprises ont changé de fournisseur de modèles au cours de la dernière année, tandis que 66 % ont choisi de mettre à niveau leurs modèles avec leur fournisseur actuel et que 23 % n’ont effectué aucun changement.
Les fusions et acquisitions ont surtout porté sur l’intégration verticale de l’infrastructure, des modèles et des applications, plutôt que sur les acquisitions horizontales de modèles ou d’agents de programmation. Cependant, McKinsey s’attend à une hausse des rachats axés sur les capacités de l’IA. Dans son palmarès des 50 meilleures sociétés d’IA en 2026, Forbes a noté que trois sociétés qui figuraient sur la liste de l’année précédente avaient été acquises par des géants de la technologie, ces acquisitions visant en premier lieu à récupérer le personnel.
Le coût de l’entraînement de modèles avancés augmente à une vitesse exponentielle
Au 28 avril 2026. Sources : Epoch AI, RBC GMA.
Certains considèrent qu’une telle dynamique se traduit par un scénario à un seul gagnant. Le modèle élémentaire le plus avancé, entraîné à partir du meilleur et du plus vaste jeu de données qui soit, sera adapté à une variété de cas d’usage et deviendra la solution prédominante pour les applications des entreprises et des consommateurs.
Pour les fournisseurs de services informatiques à très grande échelle actuellement occupés à injecter toutes les ressources possibles dans leurs modèles, il est apparemment essentiel d’être en tête de cette course. Ils craignent que seulement une poignée de modèles arrivent à percer une fois que le marché sera arrivé à maturité. Dans la mesure où les modèles d’IA deviennent capables de s’améliorer tout seuls, les meilleurs modèles pourraient évoluer à un rythme si rapide que les retardataires n’auraient aucun espoir de les rattraper.
Pourtant, aucun des chefs de file ne semble se détacher du peloton sur le plan du rendement. En fait, les modèles avancés obtiennent des scores convergents. Selon le dernier rapport AI Index de Stanford, Arena a évalué les quatre modèles principaux (développés par Ananthropic, xAI, Google et OpenAI). Leurs résultats ne s’écartaient pas de plus de 22 points (moins de 2 %) en mars 2026, comparativement à un écart de 97 points en année plus tôt. Il y a trois ans, OpenAI avait une avance de plus de 200 points sur Google.
Étant donné que ces modèles sont construits à l’aide des mêmes puces informatiques et entraînés à partir des mêmes référentiels d’information Internet, les similitudes ne devraient pas surprendre.
Selon une étude du MIT, DeepSeek et d’autres concepteurs de modèles ouverts, comme Meta et Mistral, sont généralement à la traîne des modèles exclusifs fermés (voir le graphique ci-dessous). Toutefois, ils parviennent à réaliser 90 % de leur rendement pour seulement un huitième du coût par jeton.
Certains concepteurs adoptent une approche de suiveurs immédiats. Ils tirent parti du travail des précurseurs pour économiser sur la R-D, éviter les impasses dans le développement des produits, et échapper à l’acquisition de coûteux semi-conducteurs de pointe.
DeepSeek a causé tout un émoi au début de 2025 avec le lancement de son modèle R1, qui aurait été entraîné pour moins de 6 millions de dollars à partir de résultats produits par des modèles beaucoup plus coûteux. Selon une étude du MIT, DeepSeek et d’autres concepteurs de modèles ouverts, comme Meta et Mistral, sont généralement à la traîne des modèles exclusifs fermés (voir le graphique ci-dessous). Toutefois, ils parviennent à réaliser 90 % de leur rendement pour seulement un huitième du coût par jeton.
Les modèles à poids ouverts sont légèrement à la traîne sur le plan du rendement, mais ils coûtent beaucoup moins cher
Au 1er mai 2026. Sources : Epoch AI, RBC GMA.
Les modèles ouverts, qui publient des renseignements comme la pondération des modèles et le code source, offrent d’autres avantages, par exemple une plus grande transparence, des possibilités de personnalisation et une meilleure sécurité des données. Ces caractéristiques peuvent séduire les entreprises gérant des données privatives. Les modèles fermés représentent actuellement près de 80 % des cas d’usage des modèles, mais si davantage d’utilisateurs étaient prêts à sacrifier une partie du rendement au profit d’économies de coûts significatives, entre autres avantages, les modèles ouverts pourraient élargir l’accès à l’inférence et faire baisser le coût par jeton à un niveau proche du coût de calcul.
Dans le même esprit, les suiveurs pourraient éviter quelques-unes des erreurs commises par les précurseurs et finalement, franchir la ligne d’arrivée avec à peine un léger retard, mais à un coût bien moindre. Cette pression concurrentielle entraverait les économies d’échelle qui pourraient, dans d’autres circonstances, aider un ou plusieurs des principaux modèles existants à dominer le marché.
Il n’est pas certain que les grands modèles de langage, sur lesquels se concentrent de nombreux développeurs, s’avéreront être la technologie d’IA la plus puissante ou la solution adaptée à chaque application. Yann LeCun, chercheur de haut niveau dans le domaine de l’IA et ancien scientifique en chef pour l’IA à Meta, croit que les grands modèles de langage sont une impasse et qu’ils n’atteindront jamais l’intelligence humaine. Il plaide plutôt en faveur de modèles mondiaux capables de prédire comment le monde réagira aux actions, et capables de traiter différents types de données (audio, vidéo, images et données scientifiques) plutôt que les énormes quantités de texte utilisées pour entraîner les grands modèles de langage.
La gestion active d’actifs est un domaine dans lequel la stratégie de placement d’un participant doit être supérieure à celle des autres acteurs du marché. Dans ce domaine, il est également nécessaire d’avoir le modèle le plus avancé.
Que l’outil d’IA le plus puissant réside au final dans les grands modèles de langage, les modèles mondiaux ou toute autre forme de prévision, il semble plausible que différentes approches seront adoptées en fonction des divers cas d’usage. Même au sein des grands modèles de langage, certains experts suggèrent que le paysage concurrentiel sera divisé en multiples axes verticaux, personnalisés selon les besoins propres à chaque secteur, et non fondés sur un modèle unique adapté à une variété de tâches et d’applications.
Les activités qui reposent sur une innovation constante, comme la recherche pharmaceutique, bénéficieraient manifestement du modèle le plus intelligent possible. La gestion active d’actifs est un domaine dans lequel la stratégie de placement d’un participant doit être supérieure à celle des autres acteurs du marché. Dans ce domaine, il est également nécessaire d’avoir le modèle le plus avancé.
En revanche, certaines tâches ne nécessitent pas une intelligence artificielle de pointe. De nombreux services comptables et juridiques requièrent plus de minutie et de compétence que de génie. Ils pourraient se contenter de modèles plus simples et moins coûteux.
Même si certaines des dynamiques traditionnellement favorables à l’échelle dans le secteur de la technologie s’appliquent également à l’IA, il y a suffisamment de différences clés pour que le scénario d’un gagnant unique ne soit pas une issue inévitable. Il n’est peut-être même pas le plus probable.
Les nouveaux modèles d’IA n’offrent pas forcément les mêmes avantages concurrentiels que d’autres types de services aux entreprises. La souplesse des modèles et leur capacité à communiquer en langage non technique permettent aux clients de passer plus facilement d’un modèle à l’autre. Cela dit, de nombreux fournisseurs de services informatiques à très grande échelle tentent de jumeler leurs services d’IA à leurs services infonuagiques existants – ces derniers s’avérant remarquablement résilients. Cela pourrait se traduire par un avantage durable.
Comme c’est souvent le cas avec l’IA, nous n’en sommes qu’au début, et il est difficile de prévoir avec précision l’évolution du marché de l’inférence. À notre avis, même si certaines des dynamiques traditionnellement favorables à l’échelle dans le secteur de la technologie s’appliquent également à l’IA, il y a suffisamment de différences clés pour que le scénario d’un gagnant unique ne soit pas une issue inévitable. Il n’est peut-être même pas le plus probable.
Bien qu’il soit tout à fait possible que seul un petit nombre de modèles remporte cette course, notre analyse démontre qu’il existe une probabilité raisonnable que le secteur de l’IA devienne un marché diversifié et concurrentiel. Les organismes de réglementation pourraient préférer un tel scénario, compte tenu des craintes entourant la puissance perturbatrice de l’IA, et ils pourraient adopter une approche de fusions et d’acquisitions plus proactive que par le passé pour s’assurer qu’aucun acteur unique n’exerce une influence démesurée.
Un marché plus concurrentiel capable de faire baisser le coût de l’inférence pourrait contribuer à l’accélération de l’adoption de l’IA. À cet égard, l’étude du MIT susmentionnée suggère qu’une transition vers des modèles ouverts et moins chers permettrait au secteur de l’IA d’économiser 25 milliards de dollars par an. Ces économies pourraient se faire au prix de rendements médiocres pour les développeurs qui investissent massivement dans des modèles avancés fermés.
Quel que soit le degré de concentration du marché, il est certain qu’il y aura des gagnants et des perdants, ainsi que des investissements infructueux dans des modèles non concurrentiels. Cela dit, la question est surtout de savoir si les énormes investissements actuellement réalisés dans les infrastructures d’IA, comme les centres de données et la production d’électricité, auront en fin de compte une valeur économique. Bien que l’éclatement de la bulle technologique ait fait de nombreux perdants, l’infrastructure mise en place à cette époque s’est avérée une base utile pour l’Internet et l’infonuagique d’aujourd’hui.
– JN
Inquiétudes entourant le chômage causé par l’IA
Nous avons déjà écrit au sujet de la crainte, tout à fait justifiée, que l’intelligence artificielle nuise au marché du travail. En septembre, nous avons observé que les nouveaux diplômés des professions les plus exposées à l’IA semblaient s’en tirer un peu moins bien que d’habitude.
En mars, nous avons dressé plusieurs scénarios à long terme pour l’IA, en incluant les possibilités que l’IA nuise durablement au marché du travail, ou pas du tout Selon nous, le scénario le plus probable est que les dommages profonds seront évités, mais les deux éventualités sont plausibles.
Sur une note optimiste, de 1870 à aujourd’hui, la moyenne des heures travaillées par personne aux États-Unis a chuté d’environ 40 %, et pourtant – grâce aux nouvelles technologies et aux gains de productivité – les revenus ont augmenté et le taux de chômage est resté faible. Il n’est pas impossible que la prochaine grande avancée technologique – sans doute l’IA – ait le même résultat pour nos. Un contexte de salaires plus élevés, de taux de chômage faible et d’accroissement du temps libre ne serait pas une mauvaise chose.
Il n’en demeure pas moins que l’IA évolue si rapidement, et qu’il existe tellement de scénarios concevables, qu’il est compréhensible de s’inquiéter et de surveiller le sujet de près.
Peu de problèmes dans les données descendantes
Heureusement, les données économiques américaines descendantes ne signalent aucune augmentation des pertes d’emplois. Non seulement les demandes hebdomadaires de prestations de chômage sont restées faibles, mais elles suivent une trajectoire légèrement descendante, ce qui est un résultat remarquable si l’on tient compte non seulement de l’IA, mais aussi du choc énergétique (voir le graphique suivant).
Les demandes de prestations de chômage aux États-Unis sont faibles et stables
Données pour la semaine terminée le 25 avril 2026. Sources : Department of Labor des États-Unis, Macrobond, RBC GMA.
L’enquête Challenger sur les suppressions d’emplois dans les grandes sociétés des États-Unis a été plus contrastée qu’au cours des dernières années. Cependant, ses conclusions sont relativement modérées en ce moment malgré le nombre important de mises à pied annoncées par des géants comme Microsoft et Meta (voir le graphique suivant).
De même, les avis WARN du gouvernement américain – les sociétés sont légalement tenues d’informer le gouvernement des grandes mises à pied imminentes et de donner un préavis de 60 jours – sont peu nombreux, voire légèrement à la baisse.
Aux États-Unis, les annonces de mises à pied massives et de suppressions d’emplois restent modérées
En date de mars 2026. Sources : openICPSR (Consortium interuniversitaire de recherche politique et sociale), Challenger, Gray & Christmas, Inc., Macrobond, RBC GMA.
Il est vrai que l’analyse des données du rapport Challenger révèle qu’il est possible de trouver des secteurs où les mises à pied sont nettement en hausse (voir le graphique suivant). Le secteur de la technologie se démarque, et on note aussi une légère hausse des pertes d’emploi dans les secteurs de la finance et des télécommunications. Cependant, par définition, certains secteurs affichent toujours des résultats pires que la moyenne et d’autres, de meilleurs résultats.
Augmentation des licenciements dans les secteurs de la technologie, de la finance et des télécommunications
En date de mars 2026. Sources : Challenger, Gray & Christmas, Inc., Macrobond, RBC GMA.
En ce qui concerne les géants de la technologie, ceux-ci affirment que les licenciements qu’ils effectuent visent à leur permettre d’investir davantage dans le développement de l’IA. Toutefois, on pourrait imaginer qu’en tant que pionniers de l’IA, ils pensent peut-être secrètement pouvoir atteindre leurs objectifs avec une moindre main-d’œuvre. Pour l’heure, il est difficile de faire la distinction entre les deux motivations.
L’évaluation de la vulnérabilité de l’emploi par secteur
Nous ne sommes pas les premiers à essayer de déterminer la vulnérabilité des travailleurs par secteur. La plupart de ces efforts visent avant tout les secteurs les mieux placés pour exploiter l’intelligence artificielle en vue de réaliser des économies et des gains d’efficacité.
Nous pensons qu’une deuxième variable, moins examinée, est également importante.
Selon Jevons Paradox, lorsque les améliorations technologiques accroissent l’efficacité de l’affectation des ressources, la consommation globale de ces ressources peut en fait augmenter au lieu de diminuer. Sur le plan de l’IA, les sociétés qui misent davantage sur l’intelligence artificielle pourraient avoir besoin de moins de main-d’œuvre.
Si l’IA parvient toutefois à réduire les coûts globaux d’une entreprise et à rendre celle-ci plus efficace, une partie de ces économies sera répercutée sur les clients. Dans certains secteurs, l’élasticité de la demande par rapport aux prix est suffisamment élevée pour que la baisse des prix puisse permettre une croissance assez importante des entreprises. En définitive, ils pourraient avoir besoin d’autant, voire plus, de travailleurs.
Dans le passé, les nouvelles technologies ont créé autant de nouvelles occasions, voire de secteurs qu’elles en ont détruit. Cette évolution pourrait se reproduire cette fois-ci, bien qu’avec moins de certitudes que lors des vagues passées de changements technologiques.
Certains secteurs possèdent une élasticité des prix assez grande, notamment les articles de luxe, les loisirs et divertissements, le transport aérien, les biens de consommation durables, la publicité, le marketing et les restaurants. En cas de légère baisse de prix, la demande augmentera fortement, ce qui pourrait protéger l’emploi des travailleurs. À l’inverse, certains secteurs sont très inélastiques par rapport aux prix. C’est notamment le cas du ciment, des soins médicaux, des produits pharmaceutiques et de l’alimentation. Même si l’IA devait réduire fortement les coûts, la demande n’augmenterait pas beaucoup et les travailleurs seraient donc pénalisés davantage.
Dans le tableau ci-dessous, nous avons illustré tant le potentiel de l’IA de chaque secteur que l’élasticité de la demande par rapport au prix, tout en évaluant la possibilité de suppression d’emplois dans 31 secteurs. Les conclusions ne sont pas choquantes, quoique tout de même utiles. De façon générale, les postes de col blanc exigeant un grand savoir sont les plus vulnérables, tandis que les travailleurs manufacturiers jouissent d’une meilleure sécurité.
Les postes de col blanc exigeant un grand savoir sont les plus vulnérables
Au 4 mai 2026. Source : RBC GMA.
Comment peut-on concilier cette analyse avec l’argument précédent selon lequel l’IA ne provoquerait pas une augmentation permanente du taux de chômage ? Dans le passé, les nouvelles technologies ont créé autant de nouvelles occasions, voire de secteurs qu’elles en ont détruit. Cette évolution pourrait se reproduire cette fois-ci, bien qu’avec moins de certitudes que lors des vagues passées de changements technologiques.
– EL
La réglementation canadienne sur le logement vise à stimuler l’offre
Au Canada, l’activité de construction résidentielle s’est accélérée au cours des cinq dernières années, dépassant enfin les sommets cycliques atteints au milieu des années 2000. Cette hausse s’explique surtout par la forte croissance de la construction multirésidentielle (voir le graphique ci-dessous). Cette accélération n’a toutefois pas pu suivre l’essor démographique dû à l’immigration. L’ajout d’un nombre record de 482 000 nouveaux ménages a été observé en 2024. Toutefois, le rythme de formation des ménages a fortement ralenti en 2025 et devrait rester inférieur à la moyenne dans les années à venir, ce qui donne l’occasion à l’offre de rattraper son retard.
Les mises en chantier ont repris ces dernières années au Canada
En date du quatrième trimestre 2025. Sources : Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), Macrobond, RBC GMA.
L’augmentation de la construction multirésidentielle s’explique par une forte hausse des logements construits expressément pour la location (voir le graphique ci-dessous). L’une des raisons de cette hausse est que les administrations publiques à plusieurs niveaux ont donné la priorité à l’offre de logements locatifs afin d’atténuer les pressions sur l’abordabilité pour les ménages à revenu faible ou moyen. Une correction importante a également incité des promoteurs du marché des condominiums à se tourner vers les logements locatifs.
Du fait de l’offre de nouveaux immeubles et de la faible demande, le taux d’inoccupation national des immeubles locatifs est supérieur à sa moyenne sur dix ans en 2025, bien que les prix moyens des loyers aient augmenté de plus de 5 % pour une quatrième année consécutive.
Les logements locatifs représentent désormais plus de la moitié des mises en chantier en zone urbaine
En date de mars 2026. Sources : SCHL, Macrobond, RBC GMA.
Le redressement des immeubles locatifs et de ce que la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) appelle les logements « du chaînon manquant » est bien nécessaire. Ces logements sont des maisons de faible hauteur, qui se caractérisent généralement par une densité faible ou moyenne et qui sont plus abordables que les maisons individuelles non attenantes. La faiblesse record des mises en chantier de logements unifamiliaux pèsera toutefois sur l’abordabilité dans un segment clé du marché.
Notre mesure de l’abordabilité du logement de revente s’est quelque peu améliorée dans un contexte de repli des prix des logements et de la réduction des taux d’intérêt. Toutefois, elle continue de signaler une piètre abordabilité, les prix étant encore supérieurs de 17 % aux niveaux « normaux » à la fin de la dernière année (voir le graphique ci-dessous). Selon nos calculs, la hausse des prix des logements a contribué à détériorer deux fois plus en termes nets l’abordabilité du logement au cours des cinq dernières années que ne l’a fait l’augmentation des taux d’intérêt, ce qui dénote un déséquilibre entre l’offre et la demande.
L’abordabilité du logement s’améliore, mais reste insuffisante
En date du quatrième trimestre 2025. Un taux plancher fixe impose un taux hypothécaire minimal « normal » pour les calculs de l’abordabilité et montre donc l’abordabilité selon des taux hypothécaires « normaux ». Sources : L’Association canadienne de l’immobilier (ACI), Statistique Canada, Haver Analytics, RBC GMA.
Selon le directeur parlementaire du budget, le nombre net de logements achevés doit atteindre 290 000 nouvelles unités par année pour combler l’insuffisance de l’offre d’ici 2035. La SCHL a rehaussé encore la barre, en laissant entendre qu’un nombre net de 430 000 à 480 000 immeubles achevés chaque année sera nécessaire pour rétablir l’abordabilité du logement au cours des dix prochaines années.
Sur la base de ces derniers chiffres, le gouvernement fédéral s’est donc donné un objectif ambitieux : doubler le rythme de construction résidentielle au cours des dix prochaines années, pour bâtir près de 500 000 logements chaque année. C’est à cette fin que s’inscrit la création, annoncée l’automne dernier, de Maisons Canada. Cette agence fédérale a pour objectif de soutenir la construction de logements abordables (surtout hors marché). L’agence, qui a reçu une enveloppe initiale de 13 milliards de dollars, s’efforcera de mobiliser également des capitaux privés.
En ce qui concerne les logements du marché, il existe un décalage entre ce que les acheteurs d’une maison peuvent se permettre et ce que les promoteurs doivent facturer pour couvrir les coûts de construction et les autres frais. Les coûts ont plus que doublé au cours des dix dernières années en raison principalement de la hausse du coût des matériaux (voir le graphique ci-dessous), tandis que les redevances d’aménagement peuvent accroître le prix d’une nouvelle maison de plus de 100 000 $ dans des villes comme Toronto.
Les prix des matériaux sont un important facteur de la hausse des coûts de la construction résidentielle
Au 1er mai 2026. Sources : Statistique Canada, RBC GMA.
Afin de combler l’écart, les décideurs politiques aux niveaux fédéral et provincial ont annoncé des politiques visant à réduire les coûts de développement, à alléger la bureaucratie et les restrictions de zonage, ainsi qu’à rendre les nouveaux logements plus abordables pour les acheteurs d’une première maison. L’Ontario, où l’abordabilité du logement est particulièrement faible, a été la province la plus active. Voici quelques-unes des récentes initiatives :
Le gouvernement fédéral a accordé un financement de 1,7 milliard de dollars aux provinces et aux territoires pour débloquer l’offre de nouveaux logements, notamment par la réduction des redevances d’aménagement ou des taxes sur la construction de nouveaux logements.
Le gouvernement fédéral et celui de l’Ontario investiront 8,8 milliards de dollars sur dix ans dans des projets d’infrastructures permettant d’égaliser les coûts des logements. Les municipalités pourront ainsi réduire leurs redevances d’aménagement dans une proportion pouvant atteindre 50 %. Cette mesure s’ajoute au financement actuel de l’Ontario pour les infrastructures de logement, et incite les municipalités à réduire la bureaucratie. Ottawa espère conclure des contrats semblables avec d’autres provinces.
L’automne dernier, le gouvernement fédéral a supprimé la TPS sur les achats de nouveaux logements par des accédants à la propriété (jusqu’à concurrence d’un million de dollars, la taxe étant appliquée progressivement sur les logements plus chers). Dernièrement, l’Ontario vient de confirmer qu’il en ferait de même pour la portion provinciale de la TVH, quoique cette mesure concerne seulement l’an prochain. Les autres provinces doivent encore emboîter le pas à l’Ontario.
Le gouvernement de l’Ontario autorisera la subdivision de terrains en lots plus petits afin d’améliorer l’offre et l’abordabilité de logements. Les critiques soutiennent toutefois que ces changements de zonage ne suffiront pas à encourager la construction de logements à densité moyenne. En novembre, la Colombie-Britannique a élargi les règles concernant les logements multirésidentiels de petite taille, dans le cadre d’un effort similaire visant à stimuler la construction à densité moyenne.
Le gouvernement de l’Alberta a proposé des modifications visant à accélérer l’approbation et la construction de logements, bien que Calgary ait récemment abrogé les lois de rezonage de 2024 visant à augmenter la densité.
Les mesures axées sur la demande, telles que les baisses d’impôt, risquent d’aggraver les problèmes d’abordabilité qu’elles visent à résoudre. Cependant, les autorités s’efforcent manifestement de stimuler l’offre en finançant les infrastructures, en réduisant la bureaucratie et en réduisant les redevances d’aménagement. La collaboration entre le gouvernement fédéral et le gouvernement de l’Ontario dans ce domaine est encourageante. Des efforts semblables des autres provinces nous convaincraient que le pays est sur la voie de combler l’insuffisance de l’offre et de rétablir dans une certaine mesure l’abordabilité du logement.
– JN
Le nouveau fonds souverain du Canada
Avec l’adoption d’un calendrier budgétaire de l’automne, le gouvernement fédéral a publié en avril sa première mise à jour économique du printemps. Celle constituait davantage une mise à jour budgétaire qu’un mini-budget, et comprenait relativement peu d’annonces de nouvelles politiques. Des « évolutions économiques et budgétaires » positives – plus particulièrement des hypothèses de hausses des recettes de l’impôt sur le revenu – ont permis au gouvernement d’augmenter les dépenses tout en ne modifiant pas les prévisions de déficit. Le déficit budgétaire de l’an dernier a même atteint un montant inférieur de 11 milliards de dollars aux prévisions.
Cette mise à jour comprend un montant net de nouvelles dépenses de 33 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années, en plus des mesures annoncées depuis le budget de l’automne pour un total de 16 milliards de dollars. Cette somme comprend une aide de 12 milliards de dollars pour l’épicerie et les produits de première nécessité annoncée au début de l’année et une hausse de 2,4 milliards de dollars afin de suspendre la taxe d’accise fédérale sur le carburant. Cet allégement fiscal fera baisser les prix de l’essence de 0,10 $ le litre jusqu’à la fête du Travail.
Le plan des investissements en capital du gouvernement n’a guère changé et continue de montrer une hausse importante des dépenses publiques d’investissement en capital cette année (hausse de 20 milliards de dollars selon la comptabilité de caisse).
Une initiative qui n’a pas eu d’impact sur les prévisions de déficit, mais qui a suscité beaucoup d’attention, est l’annonce d’un fonds d’investissement souverain, le Fonds pour un Canada fort. Voici quelques éléments à retenir :
Le fonds bénéficiera d’une dotation initiale de 25 milliards de dollars répartie sur trois ans (versée en espèces, mais considérée comme un placement en actions à des fins budgétaires). Il augmentera au fil du temps, grâce au rendement qu’il générera et aux autres actifs que le gouvernement pourrait lui affecter.
Le Fonds pour un Canada fort sera exploité de façon indépendante du gouvernement, et d’autres investisseurs y collaboreront sur une base entièrement commerciale. Il sera axé principalement sur des investissements en capitaux propres dans des entreprises et des projets stratégiques canadiens, l’objectif étant de générer des rendements comparables à ceux du marché.
Le fonds s’emploiera à appuyer les efforts déployés par le gouvernement par l’entremise d’organismes fédéraux et de sociétés d’État, comme le Bureau des grands projets et la Loi visant à bâtir le Canada. Ceux-ci ont pour mandat d’accélérer l’approbation et la mise en œuvre de projets d’importance nationale.
Outre les 25 milliards de dollars provenant des contribuables (ou empruntés en leur nom) pour constituer la dotation initiale, les Canadiens auront la possibilité de participer directement au fonds grâce à un nouveau produit d’investissement de détail. Les modalités restent à préciser, mais le gouvernement affirme que « les investisseurs pourront profiter du potentiel de hausse, tout en sachant que leur capital initial est protégé. »
Le Fonds pour un Canada fort se distingue de la plupart des grands fonds souverains mondiaux (voir le graphique ci-dessous). Ces derniers investissent généralement les revenus excédentaires tirés des ressources naturelles (comme le GPFP norvégien et plusieurs fonds du Moyen-Orient) ou les réserves de change accumulées (comme certains fonds asiatiques). Ces fonds investissent en grande partie à l’étranger faute d’occasions domestiques suffisantes au regard de leur taille, pour diversifier leurs risques, ou pour éviter que leur monnaie ne s’apprécie en accumulant des actifs étrangers. Par exemple, le GPFG norvégien ne consacre que 2 % de son portefeuille aux marchés nordiques.
Chacun des dix plus importants fonds souverains au monde gère un actif supérieur à 500 milliards de dollars
Consulté le 3 mai 2026. Sources : Sovereign Wealth Fund Institute, RBC GMA
Une grande partie des revenus issus des ressources naturelles au Canada profitent aux gouvernements provinciaux. Plusieurs provinces ont mis en place leurs propres fonds souverains. Le plus important est l’Heritage Savings Trust Fund de l’Alberta, qui a été lancé en 1974 avec 1,5 milliard de dollars et qui dépasse désormais les 30 milliards de dollars. Malgré la production pétrolière plus importante de l’Alberta, le fonds souverain de la province ne représente qu’une fraction de la taille du fonds souverain norvégien (créé en 1990). La province a privilégié le retour des revenus des ressources aux contribuables par des impôts faibles sur le revenu et l’absence de taxe de vente.
Le gouvernement fédéral perçoit certaines redevances sur les projets extracôtiers ainsi que l’impôt sur le revenu des sociétés du secteur des ressources. Cependant, il enregistre des déficits budgétaires depuis une dizaine d’années et ne dispose donc d’aucun excédent à investir. Ses actifs financiers s’élèvent à quelque 800 milliards de dollars (y compris les taxes à recevoir, les réserves de change et les prêts aux sociétés d’État). Il détient aussi plus de 100 milliards de dollars d’actifs non financiers. Certains d’entre eux, comme les aéroports, pourraient être monétisés pour financer le Fonds pour un Canada fort.
Le Canada compte parmi ses principaux investisseurs institutionnels les fonds de pension Maple 8, qui gèrent plus de 2 000 milliards de dollars d’actifs combinés. Ces fonds se sont diversifiés ces dernières années et investissent désormais environ trois quarts de leurs actifs à l’étranger. La Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) a pour double mandat d’optimiser les rendements et de contribuer au développement économique du Québec. Elle vise à atteindre 100 milliards de dollars d’investissements dans la province cette année. Mais cela reste bien en deçà de la concentration domestique proposée pour le Fonds pour un Canada fort (les actifs totaux de la CDPQ dépassant 500 milliards de dollars).
Investir dans des projets que le gouvernement fédéral souhaite promouvoir semble être une stratégie gagnante, la participation du secteur privé pouvant réduire le risque de dépassements de coûts qui affecte souvent les projets publics. Cependant, cela soulève la question de savoir si ces projets ne pourraient pas être financés entièrement par le secteur privé, en fonction de leur viabilité telle que déterminée par le marché. Le gouvernement assure que le fonds sera administré de façon autonome avec un conseil indépendant, mais le fait qu’il privilégie les secteurs où l’État est actif laisse entrevoir un risque de politisation. Par ailleurs, la garantie du remboursement du capital aux investisseurs particuliers pourrait exposer les contribuables à d’éventuelles pertes.
Certains aspects du Fonds pour un Canada fort restent encore à préciser et, bien qu’il semble s’agir d’une approche inhabituelle pour un fonds souverain, nous estimons que ses avantages potentiels méritent d’être pris en considération. L’engagement du Canada à investir plus de capital et d’efforts dans les projets de construction nationale illustre une politique budgétaire orientée vers la croissance et une stratégie pour tirer le meilleur parti de ses riches ressources naturelles.
– JN