~Avec la contribution de Vivien Lee, d’Aaron Ma et d’Eric Savoie
Webémission du mois d’avril
Notre webémission mensuelle sur l’économie du mois d’avril se trouve ici : « Le pétrole dans la ligne de mire ». Veuillez noter que l’enregistrement a eu lieu le 1er avril, avant l’annonce du cessez-le-feu du 7 avril entre l’Iran et les États-Unis.
Guerre en Iran
Le pendule oscille
L’instabilité se poursuit. Après un mois marqué par un pessimisme quasi incessant à l’égard de la guerre en Iran, un cessez-le-feu de deux semaines entre les États-Unis et l’Iran a été annoncé le 7 avril. Cette annonce a considérablement renforcé l’optimisme quant à l’imminence d’une paix durable, ce qui a fait bondir le cours des actions et dégringoler les prix du pétrole. Les États-Unis ont indiqué que le plan en 10 points proposé par l’Iran constituait un cadre de négociation raisonnable.
Cependant, les conditions stipulées par l’Iran, à savoir la reconnaissance de son contrôle sur le détroit d’Ormuz, l’acceptation de son droit à l’enrichissement nucléaire et une indemnisation pour les dommages causés par la guerre, promettaient de compliquer considérablement la conclusion d’un accord concret.
C’est donc sans grande surprise que les négociations menées pendant la fin de semaine des 11 et 12 avril, avec le Pakistan comme médiateur, n’ont pas abouti à un accord définitif.
Au contraire, le conflit semble reprendre de plus belle, les États-Unis ayant imposé leur propre blocus sur le détroit d’Ormuz. Dans la mesure où l’activité commerciale dans le détroit est déjà presque réduite à néant en raison de mesures similaires prises par l’Iran, les États-Unis cherchent désormais à empêcher l’Iran d’exporter ou d’importer ses propres produits (l’Iran autorisait bien sûr le passage de ses propres navires malgré son blocus). L’Iran a réagi au plan des États-Unis en menaçant d’attaquer des ports non iraniens dans le golfe Persique, entraînant sans surprise un rebond des prix du pétrole (voir le graphique ci-dessous).
Explosion des prix du pétrole brut dans le sillage de la guerre en Iran
Au 13 avril 2026. Sources : Bloomberg, RBC GMA
Cette nouvelle détérioration de la situation est bien sûr malvenue pour l’économie mondiale. Seules une résolution rapide du conflit et une normalisation du prix du pétrole permettraient d’espérer une issue favorable. Le moment est mal choisi. Le détroit d’Ormuz commençait tout juste à se désengorger, l’Iran ayant autorisé divers navires liés au Pakistan, à la Chine, à l’Irak et même à la France (voir le graphique ci-dessous).
Légère reprise du nombre de navires traversant le détroit d’Ormuz après son effondrement
Au 12 avril 2026. Sources : Bloomberg, RBC GMA
Un optimisme mesuré persiste
Il y a toutefois encore matière à un optimisme modéré :
Les deux parties souhaitent clairement que la guerre prenne fin.
Elles ont convenu d’un cessez-le-feu temporaire.
Elles établissent les conditions d’un processus de paix.
Elles se rencontrent bel et bien.
Le cessez-le-feu a été globalement respecté au cours de la première semaine. Les États-Unis n’ont pas attaqué l’Iran, et l’Iran n’a pas attaqué les États-Unis, Israël ou les États du Golfe (le graphique ci-dessous présente le modèle basé sur l’IA que nous avons élaboré et qui suit l’utilisation des missiles et des drones par l’Iran).
Nombre quotidien de missiles et de drones lancés par l’Iran
Au 13 avril 2026. Données compilées par l’outil d’IA RBC de recherche en ligne des actualités, des analyses de tiers et des déclarations officielles des ministères de la Défense des pays du Golfe. Source : RBC GMA
Par ailleurs, la Chine aurait joué un rôle déterminant pour amener l’Iran à la table des négociations. Le calcul politique de l’Iran ne repose donc pas uniquement sur la capacité du régime à survivre à une guerre prolongée. Les dernières nouvelles soulignent à nouveau la volonté de la Chine de jouer un rôle constructif dans la résolution du conflit. Si les États-Unis parvenaient à imposer leur blocus, la Chine serait l’un des pays les plus touchés, étant donné qu’elle continue de recevoir des quantités considérables d’énergie de l’Iran. Il est donc de plus en plus probable que la Chine fasse pression pour une résolution rapide.
Le simple fait que les États-Unis aient intensifié leur action par le biais d’une mesure économique plutôt que d’une invasion terrestre constitue sans doute une victoire significative.
Plusieurs cycles de négociations seront peut-être nécessaires avant qu’un accord ne soit conclu, mais il devrait être possible. En nous appuyant sur le plan de paix en dix points de l’Iran comme cadre, nous sommes d’avis qu’un compromis est possible (voir le tableau ci-dessous).
Plan de paix en dix points de l’Iran
Nota : AIEA signifie Agence internationale de l’énergie atomique. Sources : Bloomberg Economics, RBC GMA
Comme le montre la colonne de droite en vert, les aspects relativement peu controversés d’un accord seraient les suivants :
La promesse de non-agression contre l’Iran et la fin de la guerre sur tous les fronts, y compris au Liban.
Une réduction des forces de combat américaines dans la région, qui vise principalement à démanteler le renforcement récent, sans abandonner les bases américaines existantes.
Un allègement des sanctions contre l’Iran, directement et par le biais d’une résolution des Nations Unies. Toutefois, la surveillance nucléaire par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) se poursuivrait probablement.
Aucune réparation directe versée à l’Iran pour les dommages causés par la guerre (les revenus tirés d’un droit de passage dans le détroit d’Ormuz pourraient toutefois être interprétés en ce sens).
À l’inverse, indiqués en jaune, les points les plus délicats comprennent ce qui suit :
L’Iran pourra-t-il continuer de contrôler le détroit d’Ormuz ? Nous sommes enclins à penser que la réponse sera négative ou, si les États-Unis se montrent prêts à tout pour parvenir à un accord, qu’ils pourraient accepter que le détroit d’Ormuz soit géré conjointement avec Oman ou éventuellement avec eux-mêmes. Tout contrôle formel du flux de marchandises transitant par le détroit serait regrettable. Cependant, au tarif de 2 $ par baril de pétrole proposé par l’Iran, cela ne fausserait pas les échanges commerciaux et ne nuirait pas trop à l’économie mondiale.
L’Iran pourra-t-il poursuivre son programme d’enrichissement nucléaire ? Les États-Unis préféreraient un non catégorique, mais la réponse la plus probable est que l’Iran sera autorisé à mener des activités d’enrichissement limitées sous une surveillance internationale étroite, un arrangement similaire à celui en vigueur de 2015 à 2021. L’Iran a vraisemblablement été considérablement freiné dans ses aspirations en matière d’armes nucléaires par la récente campagne de bombardements.
Calendrier de l’accord
Malgré les récentes déclarations virulentes, le cessez-le-feu actuel a de bonnes chances de tenir. Selon les marchés des paris, la probabilité que le cessez-le-feu reste en vigueur jusqu’à la fin du conflit est de 66 % (voir la partie gauche du graphique ci-dessous). Même en cas de reprise temporaire des violences, les marchés des paris estiment à 83 % la probabilité que la guerre prenne fin d’ici le 30 juin.
Les marchés de prédiction indiquent une probabilité croissante de résolution du conflit, mais un lent retour à la normale dans le détroit d’Ormuz
Au 13 avril 2026. La fin d’un conflit est définie comme une période continue de 14 jours (commençant à la date précisée ou avant celle-ci) sans intervention qualifiée de militaire. À son niveau normal, la circulation dans le détroit d’Ormuz est de plus de 60 navires en moyenne par jour. Sources : Kalshi, Polymarket, Bloomberg, RBC GMA
Nous avons fait preuve d’un optimisme modéré tout au long de cette guerre, estimant qu’elle se terminerait un peu plus tôt que ce qu’anticipaient les marchés et qu’elle causerait des dommages un peu moins lourds à l’économie et aux marchés. Ce fut parfois une prédiction hasardeuse. Elle semble s’être un peu raffermie au cours de la dernière semaine, même si la ligne d’arrivée n’a pas été franchie en fin de semaine dernière. Nous demeurons plutôt optimistes.
Bien sûr, même lorsque la guerre sera durablement résolue, il faudra du temps aux marchés de l’énergie pour revenir à la normale. La partie droite du graphique précédent l’illustre : les marchés des paris indiquent encore une probabilité de seulement 53 % que le flux de navires dans le détroit d’Ormuz se normalise pleinement d’ici juillet. Bien entendu, il reste une possibilité qu’il revienne à environ 80 % de son niveau normal bien avant cela.
Il est cependant globalement raisonnable de s’attendre à ce que l’approvisionnement en énergie revienne à la normale moins rapidement qu’il n’a été interrompu. Il est difficile et long de redémarrer les puits. Les infrastructures ont subi certains dommages (quoique peut-être moins importants qu’on ne le craignait, comme nous le verrons à la rubrique « Dommages aux infrastructures énergétiques » plus loin). Il faut du temps pour amener les navires au lieu de chargement de l’énergie, et il faut encore plus de temps pour les amener à destination.
Comme on s’attend à ce que les prix du pétrole ne reviennent pas complètement à leur niveau d’avant la guerre, même après plusieurs mois (voir le graphique suivant), une prime de risque géopolitique semble appropriée dans ce monde périlleux. Il faudra peut-être du temps pour déminer certaines parties du détroit d’Ormuz. L’assurance maritime augmentera probablement de façon durable. Les pays qui ont puisé dans leurs réserves d’énergie voudront peut-être les reconstituer, ce qui stimulera temporairement la demande.
La courbe des contrats à terme sur le pétrole s’est accentuée
Au 10 avril 2026. Sources : Bloomberg, RBC GMA
– EL
Économie de guerre
Le principal message économique à retenir est que si la guerre avec l’Iran est effectivement terminée, ou si elle prend fin bientôt, les dommages économiques seront sans doute moins importants que ce que l’on craignait.
Diminution du risque de récession
Malgré l’agitation, la probabilité d’une récession aux États-Unis en 2026 a diminué, passant d’un sommet de 40 % à 32 % aujourd’hui (bien qu’elle demeure instable et qu’elle ait quelque peu rebondi ces derniers jours). À notre avis, le véritable risque de récession pourrait être encore plus faible pour plusieurs raisons :
Les États-Unis sont un exportateur net d’énergie.
Ce choc pourrait s’inverser assez rapidement.
L’économie profite de plusieurs vents favorables, notamment des baisses de taux plus rapides que prévu, des mesures de relance budgétaire soutenues et divers facteurs liés à l’IA.
La probabilité d’une récession aux États-Unis en 2026 a chuté par rapport à son sommet
Au 13 avril 2026. Sources : Kalshi, Bloomberg, RBC GMA
Les pessimistes peuvent s’attarder au fait que l’augmentation des dépenses en essence aux États-Unis a grugé environ la moitié des 18,3 milliards de dollars US en remboursements d’impôt supérieurs à la normale qui étaient censés stimuler l’économie américaine au premier semestre de 2026. Par contre, les optimistes peuvent estimer que les remboursements sont tout à fait suffisants pour compenser les effets négatifs de la hausse des prix de l’essence.
Les conditions économiques actuelles tiennent le coup
Conformément à l’idée que le risque de récession est relativement faible, les indicateurs économiques récents ont été robustes. Les indices mondiaux des directeurs d’achats du secteur manufacturier ont en fait progressé au début de 2026 et ont fait preuve d’une résilience surprenante lorsque la guerre a éclaté en mars (voir le graphique suivant).
L’activité manufacturière s’est améliorée dans la plupart des pays développés
En date de mars 2026. L’« indice PMI » désigne l’indice des directeurs d’achats de l’industrie manufacturière, qui mesure l’activité économique. Sources : Haver Analytics, RBC GMA
Les demandes hebdomadaires initiales de prestations d’assurance-emploi aux États-Unis sont demeurées assez faibles au début d’avril (voir le graphique suivant). Il en ressort que l’économie américaine n’a pas trop souffert jusqu’à présent des prix élevés du pétrole. De fait, le rapport mensuel de mars sur l’emploi aux États-Unis fait état d’un gain net considérable de 178 000 emplois, un résultat satisfaisant même après le rajustement au terme d’une importante grève dans le secteur de la santé.
Les demandes de prestations d’assurance-emploi aux États-Unis indiquent toujours que tout va bien
Données pour la semaine terminée le 4 avril 2026. Sources : Department of Labor des États-Unis, Macrobond, RBC GMA
L’effet sur l’inflation est maintenant visible
Inévitablement, l’augmentation des prix du pétrole et du gaz naturel s’est répercutée sur les prix à la consommation. L’indice des prix à la consommation (IPC) des États-Unis vient d’enregistrer une hausse importante (bien que prévue) des prix de 0,9 % d’un mois sur l’autre en mars. L’indice de l’inflation en temps réel de PriceStats indique que les données d’avril devraient révéler un autre bond important (voir le graphique suivant).
L’indice quotidien de l’inflation de PriceStats aux États-Unis laisse entrevoir un bond important en avril
Indice de l’inflation State Street PriceStats au 7 avril 2026. Indice des prix à la consommation (IPC) en date de mars 2026. Sources : State Street Global Markets Research, RBC GMA
Il reste toutefois important de reconnaître que si la guerre n’est effectivement que temporaire, une véritable déflation pourrait survenir au cours de l’année, à mesure que cette distorsion s’estompera. À la fin de 2026, l’inflation d’une année sur l’autre pourrait ne pas être beaucoup plus élevée que ce que l’on prévoyait en début d’année.
Les banques centrales sont peu susceptibles d’agir avec conviction, à moins qu’elles estiment que a) la guerre durera encore longtemps ; ou que b) les coûts de l’énergie ne se répercutent considérablement sur d’autres produits.
À partir de quel moment les dommages sont-ils difficilement réversibles ?
Il y a plusieurs façons de déterminer si les dommages causés par le choc pétrolier deviennent difficilement réversibles.
En ce qui concerne les entreprises, des données anecdotiques montrent que certaines d’entre elles répercutent maintenant une partie de la hausse des coûts de transport sur leur clientèle. Les pressions exercées sur les prix à la consommation pourraient donc s’étendre au-delà des produits énergétiques, même si nous pensons que l’effet est assez contenu pour le moment. C’est une histoire à suivre.
Heureusement, trois facteurs nous portent à croire que l’incidence durable devrait être limitée.
Nous ne devrions pas présumer que le choc pétrolier de 2022 et la flambée prolongée de l’inflation qu’il a provoquée constituent un modèle utile pour la période actuelle. Comme nous l’avons écrit dans le MacroMémo du 10 mars, il existe des différences importantes :
« Il existe des similitudes évidentes avec le conflit entre la Russie et l’Ukraine en mars 2022 où celui-ci avait aussi fait bondir le prix du baril de pétrole à environ 120 $. Malgré leur volatilité persistante et le maintien d’un niveau assez élevé pendant plusieurs mois, les prix ont clôturé l’année à environ 80 $ le baril, soit un niveau quasi identique à celui au début de l’année. Cette évolution s’est produite même si la guerre se poursuit.
Alors que les actifs à risque ont fortement peiné au premier semestre de 2022, l’explication de l’évolution des prix du pétrole tient davantage au tour de vis rapide de la politique monétaire et à la flambée de l’inflation (qui dépend partiellement des prix du pétrole, mais est surtout attribuable à une forte demande après la pandémie et aux goulets d’étranglement des chaînes logistiques). »
La règle d’or en économie est que les effets d’entraînement devraient être limités pendant les trois à six mois du choc pétrolier ; par la suite, le risque commence à grandir. Cette guerre dure actuellement depuis à peine un mois et demi et il y a de fortes chances qu’elle cesse avant le début de la zone de danger.
Bien que les attentes inflationnistes à court terme aient augmenté sur le marché obligataire, elles ont légèrement reculé récemment. Fait encore plus rassurant, les anticipations inflationnistes à moyen terme (5 ans) se sont à peine accrues. À long terme (6 à 10 ans), elles ont même diminué (voir le graphique suivant).
Les attentes inflationnistes à court et à moyen terme aux États-Unis augmentent dans le sillage de la flambée des prix du pétrole
En date du 10 avril 2026. Source : Bloomberg, RBC GAM
Dynamique du marché pétrolier international
Les économies de l’Asie et de l’Europe sont plus durement touchées par le choc énergétique que celles de l’Amérique du Nord.
Bien que la Chine soit le plus grand importateur d’énergie passant par le détroit d’Ormuz, elle a moins souffert de la situation que de nombreux autres pays asiatiques. Il en est ainsi pour diverses raisons.
L’approvisionnement en hydrocarbures de la Chine est relativement diversifié : sa production nationale est substantielle et elle importe de grandes quantités d’autres régions du monde.
Jusqu’à ce que les États-Unis imposent un nouveau blocus, c’est la Chine qui recevait la majeure partie des exportations de pétrole iranien, et ce, malgré la guerre.
La Chine dispose d’importantes réserves stratégiques de pétrole équivalant à 120 jours d’importations, ce qui est considérable.
Normalement, la Chine raffine de 1,2 à 1,5 million de barils de pétrole par jour qu’elle exporte dans les pays voisins. On estime que la Chine conserve une part non négligeable de ce volume pendant le choc énergétique en cours, de sorte qu’elle pâtit moins des perturbations.
À l’inverse, de nombreux autres pays asiatiques ne bénéficient pas de ces protections et voient leur situation s’aggraver du fait de la baisse des exportations de produits raffinés chinois. Les Philippines subissent le choc de plein fouet, mais le Pakistan, l’Indonésie et le Vietnam sont aussi aux prises avec de grandes difficultés.
En Europe, la hausse des prix de l’énergie a également des conséquences immédiates assez importantes. Celles-ci ont toutefois été légèrement atténuées par les mesures adoptées dans 13 pays sur 21 (selon RBC Marchés des Capitaux) en vue de faire baisser le coût de l’énergie, comme une réduction temporaire des taxes sur le carburant. L’Espagne a joué un rôle disproportionné à cet égard.
– EL
Dommages aux infrastructures énergétiques
Bien que le cessez-le-feu récent entre les États-Unis et l’Iran soit encourageant, ce conflit qui dure depuis près de six semaines a déjà causé des dommages importants aux infrastructures énergétiques et à d’autres infrastructures civiles de la région. En date du 23 mars, l’Agence internationale de l’énergie a déclaré que plus de 40 actifs de production d’énergie répartis dans neuf pays du Moyen-Orient avaient été gravement ou très gravement endommagés.
Ces dégâts risquent de retarder le retour à la normale des chaînes logistiques, même si un cessez-le-feu durable permettait de rétablir le transport de marchandises dans le détroit d’Ormuz.
Cela dit, la plupart des incidents ne semblent pas interrompre durablement la production. À notre avis, si le cessez-le-feu est maintenu, la production devrait repartir au cours des prochains mois, même si ce n’est pas complètement.
Voici la liste des dommages causés aux infrastructures énergétiques en date du 6 avril, selon Bloomberg :
Neuf raffineries de pétrole ont subi des dommages considérables ou ont temporairement interrompu leurs activités. C’est le cas à Ras Tanura en Arabie saoudite (la plus grande raffinerie du pays), à Ruwais aux Émirats arabes unis (l’une des plus grandes raffineries au monde) et à Sitra à Bahreïn (l’unique raffinerie du pays). La capacité combinée de ces trois installations est de 1,8 million de barils par jour (Mb/j), soit près de 2 % de l’offre mondiale.
Neuf ports ont connu des perturbations épisodiques, notamment ceux de Yanbu, en Arabie saoudite (terminal du pipeline est-ouest du pays) et de Fujairah aux Émirats arabes unis (terminal d’un autre pipeline qui contourne le détroit d’Ormuz).
Six centres gaziers ont essuyé de lourds dommages, notamment l’usine de gaz naturel liquéfié (GNL) de Ras Laffan au Qatar (la plus grande usine de liquéfaction au monde) et le champ gazier de Pars Sud en Iran (le plus grand au monde). Deux des 14 trains de liquéfaction de Ras Laffan, représentant 17 % de la capacité de l’installation et de 3 à 4 % de la production mondiale de GNL, ont été détruits, et QatarEnergy a indiqué qu’il faudrait de trois à cinq ans pour les réparer.
Trois usines d’aluminium ont rapporté des avaries, dont l’une des plus grandes fonderies au monde située à Al Taweelah, à Abu Dhabi.
Deux champs pétrolifères, un en Irak et l’autre en Arabie saoudite, auraient été la cible d’attaques, mais on dispose de peu de renseignements sur le premier et le second n’a signalé aucun dommage.
Une centrale nucléaire iranienne (Bushehr) aurait été ciblée, sans toutefois être endommagée.
En outre, une station de pompage située le long du pipeline est-ouest de l’Arabie saoudite aurait été frappée par un drone peu après l’annonce du cessez-le-feu. Ce pipeline avait une capacité de réserve de 2 à 4 Mb/j avant le conflit. Récemment, il a atteint sa pleine capacité de 7 Mb/j, contribuant fortement à atténuer l’effet des perturbations dans le détroit d’Ormuz.
Les États-Unis ont également frappé des cibles militaires sur l’île de Kharg, le principal port d’exportation de pétrole de l’Iran, mais ils n’ont pas visé les infrastructures pétrolières. Malgré le conflit, l’Iran a réussi à exporter 1,6 million de barils de pétrole par jour au mois de mars.
Bon nombre d’aménagements ont été touchés. Cela dit, à l’exception de l’usine de GNL de Res Laffan au Qatar, il semple qu’il ne faudra pas beaucoup de temps pour remettre en production les autres installations. Rystad Energy estime que cette installation fait figure d’exception pour ce qui est du coût et de la durée des réparations.
En Iran, la reprise de la production dans le gisement gazier South Pars pourrait aussi demander un effort considérable. La raffinerie Sitra de Bahreïn est également affectée par de graves perturbations.
Toutefois, pour la plupart des installations touchées, les dommages seront moins importants et les réparations seront relativement rapides (les délais se mesurent en mois ou en trimestres plutôt qu’en années).
Rystad Energy estime à 25 milliards de dollars le coût des réparations découlant des dommages causés aux infrastructures énergétiques. Les perturbations plus graves qui touchent les gisements de gaz et les usines de GNL laissent entrevoir un retour à la normale plus lent que sur le marché du pétrole. Cette perspective semble concorder avec les primes des contrats à terme sur le gaz naturel en Europe et sur le GNL en Asie, qui se trouvent à un niveau plus élevé que les primes associées au pétrole brut (voir le graphique).
Les prix des contrats à terme laissent entrevoir d’importantes perturbations sur les marchés du gaz et du GNL
Au 9 avril 2026. Sources : Bloomberg, RBC GMA
En plus des dommages causés aux infrastructures énergétiques, les sorties et capacités de stockage limitées ont entraîné des coupes forcées dans la production, et il faudra du temps pour renverser cette situation. Les producteurs du Moyen-Orient ont réduit leur production de pétrole brut et de condensats de près de 11,5 millions de barils par jour en mars. L’offre mondiale a ainsi été réduite de plus de 10 % (voir le graphique ci-dessous).
Certains producteurs ont réussi à simplement ralentir leur production, ce qui atténue les complications liées à la reprise du processus. Toutefois, dans les sites où les puits ont été entièrement fermés, le retour à une pleine production implique un processus plus long, et potentiellement incomplet.
Dans l’ensemble, les experts estiment qu’il pourrait s’écouler jusqu’à deux mois avant que la production revienne aux niveaux d’avant le conflit, à condition que le cessez-le-feu soit maintenu et que le détroit soit rouvert. Selon nous, la prime de 16 % associée aux contrats à terme sur le pétrole brut à fin 2026 (voir le graphique ci-dessus) est davantage attribuable au resserrement des stocks et au processus de restockage, en plus du risque géopolitique actuel, plutôt qu’à de graves perturbations qui dureraient jusqu’en 2027.
Les producteurs du Moyen-Orient réduisent leur production d’environ 11,5 millions de barils par jour (plus de 10 % de la production mondiale)
Au 2 avril 2026. Sources : Le Monde, Kpler, Agence internationale de l’énergie (AIE), RBC GMA
– JN
Aperçu des résultats des marchés au cœur de la guerre
L’éclatement de la guerre en Iran a ébranlé les marchés financiers et effrayé les investisseurs, tandis que la flambée des prix du pétrole a ravivé les craintes de difficultés économiques. Dans de nombreuses régions, les actions ont chuté de près de 10 %, voire plus, depuis leurs récents sommets (voir le graphique suivant). La confiance des investisseurs a plongé vers un extrême pessimisme au fil de l’intensification de la guerre (voir le graphique suivant).
Les principaux indices boursiers ont subi des reculs de près de 10 % ou plus par rapport aux récents sommets
Au 10 avril 2026. Sources : Bloomberg, RBC GMA
La confiance des investisseurs a plongé vers un extrême pessimisme au début d’avril
Au 9 avril 2026. Sources : indice composite du pouls quotidien des investisseurs Ned Davis Research, RBC GMA
Depuis, la plupart des marchés ont toutefois connu une reprise notable alors que les pourparlers sur un cessez-le-feu progressaient de façon sporadique, apaisant les craintes de scénario catastrophe. La volatilité pourrait persister au fil des événements géopolitiques. Toutefois, les investisseurs peuvent être rassurés par le fait que les données macroéconomiques fondamentales étaient solides avant le début de la guerre, et que les estimations de bénéfices des sociétés ont augmenté plutôt que diminué depuis le début du conflit.
Ce dernier mois, les estimations de bénéfices des analystes ont été révisées à la hausse pour les sociétés du S&P 500. Donc, la tendance observée depuis un an se poursuit (voir le graphique suivant). Les projections ont augmenté au cours de chacun des 12 derniers mois, l’augmentation en mars 2026 représentant la plus forte hausse de la période.
Les prévisions de bénéfices des sociétés du S&P 500 pour 2026 continuent d’augmenter
Au 10 avril 2026. Sources : Bloomberg, RBC GMA
Bien que cette hypothèse semble contre-intuitive, la révision à la hausse est largement attribuable au fait que les prix du pétrole sont favorables aux bénéfices des sociétés. Selon une analyse historique de Goldman Sachs, chaque hausse de 10 % du prix du pétrole brut Brent se traduit par une hausse d’environ 0,4 % des bénéfices par action (BPA) des sociétés du S&P 500 (voir le tableau suivant).
Par conséquent, toutes choses étant égales par ailleurs, si les prix du pétrole ont grimpé de 50 % depuis le début de l’année, la croissance estimée des BPA devrait atteindre 2 % environ.
Comment l’évolution des variables macroéconomiques influe sur les bénéfices par action des sociétés du S&P 500
En date de mars 2026. Source : Goldman Sachs Global Investment Research
Bien entendu, d’autres variables entrent en jeu, comme l’indique le tableau. La vigueur du dollar américain a une influence sur les bénéfices des sociétés, et la hausse des taux obligataires est un autre facteur favorable. Toutefois, les fluctuations de ces variables depuis le début de l’année ont été relativement faibles et sans conséquence.
La variable la plus influente est le produit intérieur brut (PIB) américain, car la sensibilité des BPA du S&P 500 s’élève à 3,4 % pour chaque variation de 100 points de base du taux de croissance économique. Par conséquent, un scénario où une flambée durable des prix du pétrole ferait basculer l’économie en récession serait probablement négatif pour les données fondamentales. Sa réalisation se traduirait par une contraction pure et simple des bénéfices des sociétés. Jusqu’à présent, notre hypothèse de base est que le choc des prix du pétrole n’est pas assez grave pour faire basculer l’économie américaine dans la récession.
Cela dit, bien que l’énergie ait dominé les manchettes à cause de la guerre au Moyen-Orient, il ne faut pas perdre de vue les autres facteurs qui entrent en jeu dans la révision des bénéfices. Les dépenses massives liées à l’intelligence artificielle (IA) continuent de soutenir la croissance des bénéfices dans le plus grand secteur du S&P 500.
Depuis le début de la guerre, les estimations de bénéfices du S&P 500 pour 2026 ont été révisées à la hausse de 2,3 %. La moitié de cette hausse est attribuable à la hausse des prix de l’énergie et l’autre moitié à une révision à la hausse des estimations de bénéfices dans le secteur de la technologie de l’information (voir le tableau suivant).
L’énergie et la technologie de l’information stimulent les estimations de bénéfices par action dans le S&P 500
Au 9 avril 2026. Sources : Bloomberg, RBC GMA
Un examen approfondi révèle que les estimations de bénéfices ont grimpé de pas moins de 34,5 % dans le secteur de l’énergie depuis le début de la guerre. Cependant, comme ce secteur ne représente qu’une petite part des bénéfices réalisés par les sociétés du S&P 500, il n’ajoute que 3,86 $ par action aux bénéfices globaux de l’indice.
En comparaison, les prévisions de bénéfices ont augmenté de seulement 4,68 % dans le secteur de la technologie de l’information. Toutefois, comme ce secteur pèse beaucoup plus lourd dans les bénéfices du S&P 500, cette variation ajoute 3,66 $ par action aux bénéfices globaux de l’indice. Les estimations n’ont guère changé dans les autres secteurs au cours de cette période.
Pour l’année 2027, les prévisions de bénéfices du secteur de l’énergie ont augmenté de 14,4 % depuis le début de la guerre, ce qui ajoute 1,94 $ au BPA de l’indice S&P 500. Dans le secteur de la technologie, les prévisions de bénéfices sont également en hausse pour l’année prochaine, soutenues par d’importants investissements dans les infrastructures et les capacités informatiques liées à l’IA. Depuis le début de la guerre, les estimations de bénéfices du seul secteur de la technologie de l’information pour 2027 ont été revues à la hausse de 9,53 %, soit un montant colossal de 9,51 $ par action.
Ces chiffres portent l’estimation de la croissance du BPA pour 2026 et 2027 à 18,1 % et 18,4 % respectivement ; la technologie de l’information représente la moitié de la croissance totale de l’indice pour les deux années.
L’idée que les perspectives de bénéfices restent solides est renforcée par le fait que les écarts de taux des titres de catégorie investissement ont été étroitement corrélés à la croissance des bénéfices depuis le début de la guerre. Cette étroite corrélation a été observée par le passé (voir le graphique suivant). Un creusement important des écarts de taux laisse souvent présager de nouveaux obstacles pour la croissance des bénéfices des entreprises.
Mais depuis le début de la guerre, les écarts de taux ne se sont creusés que d’environ 20 points de base. Cet élargissement est faible par rapport à celui de plus de 100 points de base qui a précédé les forts ralentissements des bénéfices.
Le resserrement des écarts à des niveaux proches de leurs creux historiques reflète peut-être une certaine complaisance de la part des investisseurs. Cela suggère toutefois aussi l’optimisme quant à la probabilité que le conflit géopolitique au Moyen-Orient soit de courte durée ou à toute limitation de toute conséquence négative.
Les écarts de taux des titres de catégorie investissement sont étroitement corrélés à la croissance des bénéfices
Au 9 avril 2026. Sources : Bloomberg, RBC GMA
L’intégration de tous ces renseignements dans notre analyse de scénarios pour l’indice S&P 500 révèle l’éventail de trajectoires possibles. Le graphique suivant illustre trois scénarios (haussier, de base et baissier), sur la base de plusieurs hypothèses de bénéfices et de valorisations. Alors que l’indice S&P 500 a évolué à un niveau proche, voire supérieur à celui du scénario haussier au cours des 12 derniers mois, la trajectoire des trois scénarios a pris une inflexion à la hausse dernièrement pour refléter les révisions à la hausse des prévisions de bénéfices des analystes.
Cette inflexion, combinée au recul des actions au cours du dernier mois, a accru le potentiel de rendement des actions à partir de ce stade, même si le rebond subséquent l’a réduit dans une certaine mesure.
Les actions restent volatiles et le scénario baissier ne doit pas être totalement écarté. Néanmoins, les perspectives actualisées du scénario de base demeurent raisonnables : un rendement d’environ 5 % pour l’indice S&P 500 d’ici la fin de 2027 dans un contexte de croissance continue de l’économie, de durée temporaire des pressions inflationnistes, et d’augmentation rapide des bénéfices des sociétés, propulsée en partie par l’envolée des prix du pétrole, mais surtout par la vigueur soutenue du secteur de la technologie.
Notre analyse de scénarios pour l’indice S&P 500 se concentre sur les scénarios haussier, de base et baissier
Au 10 avril 2026. Sources : Bloomberg, RBC GMA
– ES
Les craintes liées à l’obsolescence des puces d’IA
Les sociétés technologiques américaines continuent d’accroître leurs investissements dans les centres de données de l’IA. Les estimations générales des dépenses en immobilisations des cinq fournisseurs de services infonuagiques à très grande échelle en 2026 sont passées de 536 milliards de dollars au début de l’année à 677 milliards de dollars (voir le graphique). Cela représenterait une augmentation de 63 % par rapport à 2025, qui constituait elle-même une hausse de 73 % par rapport à l’année précédente.
Ce rythme de croissance vertigineux et l’ampleur pure et simple des dépenses (677 milliards de dollars représentant plus de 2 % du PIB des États-Unis) continuent de susciter des craintes de surinvestissement.
Les estimations des dépenses en immobilisations des fournisseurs de services infonuagiques à très grande échelle continuent d’être révisées à la hausse
Estimations des dépenses en immobilisations par AMZN, GOOGLE, META, MSFT et ORCL
Au niveau microéconomique, le fonctionnement des centres de données repose sur les facteurs de revenus (prix facturés par heure-UTG et taux d’utilisation) et la structure des coûts.
Sur le plan des revenus, la situation dépendra beaucoup de la mesure dans laquelle les modèles d’IA deviennent de plus en plus utiles – un sujet abordé dans notre dernier MacroMémo – avec des conclusions généralement prometteuses.
Sur le plan des dépenses, les serveurs représentent environ la moitié des coûts des centres de données. Le prix des UTG et leur rythme de remplacement sont donc des enjeux clés.
Ce rythme a récemment attiré plus l’attention en raison de deux tendances apparemment contradictoires : l’amélioration rapide des performances des UTG et la réduction des cycles de produit, ce qui augmente le risque d’obsolescence des puces, alors que les sociétés technologiques allongent leurs hypothèses quant à la durée de vie économique des puces qu’elles achètent.
Tout d’abord, la puissance des UTG de pointe augmente de 37 % chaque année, en moyenne, après rajustement en fonction du prix (voir le graphique). Par exemple, les puces B100 Blackwell de Nvidia ont enregistré une augmentation de performance de 77 % (sans augmentation de la consommation électrique) par rapport aux puces H100 Hopper de la génération précédente mises en production deux ans auparavant, et elles ne coûtent que 4 % de plus. Wolfe Research estime que le taux de rendement interne d’un centre de données utilisant les nouvelles UTG serait supérieur d’environ deux tiers à celui d’une usine utilisant les puces de la génération précédente.
Le ratio performance/prix s’améliore
Au 30 mars 2026. Le FLOP/s désigne le nombre d’opérations en virgule flottante par seconde, une mesure de la performance informatique. Sources : Epoch AI, RBC GMA
Les fournisseurs de services infonuagiques qui utilisent le matériel de dernière génération sont en mesure de facturer des prix élevés, tandis que le coût de location des puces de la génération précédente a tendance à baisser lors de la sortie d’une nouvelle technologie (voir le graphique ci-dessous).
Cela peut porter préjudice aux fournisseurs de services infonuagiques ayant des puces plus anciennes dont les contrats se renouvellent (la capacité étant généralement vendue dans le cadre de contrats d’un à trois ans) ou qui vendent leur capacité excédentaire sur le marché au comptant. Puisque Nvidia et d’autres fabricants de puces passent d’une production semestrielle à une production annuelle, ce risque d’obsolescence pourrait s’intensifier.
Les prix des inférences sont mis à rude épreuve par la sortie de puces Nvidia de nouvelle génération
Au 7 avril 2026. Sources : Silicon Data, Bloomberg, RBC GMA
Malgré tout, de nombreux fournisseurs de services infonuagiques à très grande échelle ont prolongé les hypothèses de durée de vie utile de leurs serveurs et équipements de réseau d’au moins trois ans depuis 2020 (voir le tableau ci-dessous). Les critiques laissent suggérer que les hypothèses trop optimistes sur la durée de vie utile sont destinées à réduire les dépenses d’amortissement annuel et à stimuler les bénéfices. Dans le film célèbre Le casse du siècle, Michael Burry suggère que les fournisseurs de services infonuagiques à très grande échelle sous-estimeront l’amortissement de 176 milliards de dollars pour la période allant de 2026 à 2028.
La plupart des fournisseurs de services infonuagiques à très grande échelle prolongent les hypothèses sur la durée de vie utile de leurs serveurs et équipements de réseau
Au 8 décembre 2025. En 2025, AMZN a raccourci la durée de vie utile de certains équipements de 6 à 5 ans. Sources : Michael Burry, rapports de sociétés de la U.S. Securities and Exchange Commission, RBC GMA
L’allongement des durées d’amortissement combiné à la rapidité de l’innovation matérielle augmente le risque de dépréciation d’actifs surévalués et obsolètes, ce qui finirait par plomber les bénéfices. Un centre de données qui devait être rentable en fonction d’une durée de vie utile présumée de six ans pour ses puces pourrait devenir déficitaire si ses UTG devaient être remplacées après quatre ans.
Témoignant d’un éventuel revirement, Amazon vient de réduire la durée de vie utile présumée de certains de ses équipements de six à cinq ans, en citant « l’accélération du rythme du développement technologique, en particulier dans les domaines de l’intelligence artificielle et de l’apprentissage automatique ».
Bien que les puces de la génération précédente ne soient peut-être pas capables d’entraîner les modèles d’IA les plus avancés ou de justifier des loyers élevés, elles peuvent toutefois encore être utilisées pour l’inférence haut niveau et, à terme, pour des tâches et des analyses moins exigeantes. Par exemple, OpenAI utilise toujours les UTG A100 de Nvidia (sorties en 2020) aux fins d’inférence, et CoreWeave a indiqué que ses propres puces A100 étaient entièrement réservées. Visiblement, CoreWeave a été en mesure de renouveler les contrats pour ses puces H100 (sorties en 2022 et toujours vendues par Nvidia) à 95 % de leur prix de location initial.
L’essor de l’IA n’en est qu’à ses balbutiements : Nvidia a seulement lancé ses premières UTG optimisées pour l’IA en 2018 et la première commercialisation de ChatGPT à cet effet s’est seulement produite il y a un peu plus de trois ans. Par conséquent, il existe peu de références historiques pour éclairer les hypothèses sur la durée de vie utile. Le fait de déterminer si les sociétés technologiques sont devenues trop optimistes quant à leurs hypothèses sur la vie utile dépendra de l’évolution d’un certain nombre de facteurs au cours des prochaines années :
L’offre et la demande : Au vu du carnet de commandes de Nvidia de 1 000 milliards de dollars et de ceux en hausse des fournisseurs de services infonuagiques, il est clair que l’informatique se vend à prix fort. Les prix de l’inférence sont les coûts de traitement des données dans un modèle d’IA entraîné afin de générer des données de sortie. Ces coûts ont augmenté depuis le début de l’année, même pour les puces de la génération précédente (voir le graphique ci-dessus). Les fournisseurs de services infonuagiques peuvent ainsi continuer à utiliser du matériel plus ancien et renouveler des contrats à des prix à peine inférieurs. Mais si la capacité des nouveaux centres informatiques en ligne dépasse l’adoption de l’IA, l’équilibre entre l’offre et la demande changera, et le pouvoir de fixation des prix du matériel existant pourrait régresser.
Le rythme de l’amélioration du matériel : Si l’amélioration annuelle moyenne de 37 % du ratio performance/prix des UTG s’accélère, il se peut que les prix liés à l’inférence pour les puces de la génération précédente chutent plus vite. Ces puces pourraient aussi devenir obsolètes plus tôt sur le plan économique. À l’inverse, un rythme d’amélioration technologique plus lent (peut-être du fait de contraintes physiques sur la fabrication des semi-conducteurs) contribuerait à préserver la valeur et le pouvoir de fixation des prix des UTG plus anciennes.
L’entraînement et l’inférence : Alors que l’entraînement représentait auparavant la majeure partie de la charge de travail de l’IA, cet équilibre évoluera au cours des prochaines années. McKinsey estime que la demande d’inférence de l’IA correspondra aux charges de travail de l’entraînement cette année et représentera 1,5 fois la demande des centres de données d’ici 2030 (voir le graphique ci-dessous). Les puces plus anciennes, qui restent généralement utiles pour l’inférence, devraient conserver une utilité économique prolongée.
La durée de vie matérielle : Une grande partie de l’accent est mise non pas sur la durée de vie matérielle, mais sur la durée de vie économique (habituellement plus courte) des puces, c.-à-d. la durée pendant laquelle elles sont capables de générer un rendement suffisant. Il se peut toutefois que les puces tombent en panne ou s’usent et doivent être remplacées avant leur durée de vie utile prévue sur le plan économique. Une étude Meta de 2024 a révélé un taux (annualisé) de panne de 9 % des UTG H100 pendant l’entraînement du modèle Llama 3. Les taux d’utilisation du matériel et d’autres facteurs peuvent influencer la durée de vie matérielle, mais de nouveaux progrès dans la gestion de la chaleur, les technologies de refroidissement, ainsi que l’amélioration du contrôle de la qualité, pourraient contribuer à réduire l’ensemble des taux de panne.
Linférence de l’IA devrait compter pour une part croissante des charges de travail des centres de données
Au 7 avril 2026. Sources : McKinsey & Company, RBC GMA
Il n’est pas clairement établi qu’une durée de vie économique plus longue des puces soit un simple stratagème comptable. Il semble y avoir de bonnes raisons de croire que celles-ci peuvent générer des revenus plus longtemps, même si elles ne sont plus adaptées aux charges d’entraînement ou d’inférence les plus exigeantes. Toutefois, compte tenu de la sensibilité potentielle des rendements des centres de données à une durée de vie utile plus courte, un certain scepticisme demeure approprié, et il semble prudent de surveiller les tendances évoquées.
- JN
Le Canada, une superpuissance des ressources
Le Canada est mondialement reconnu pour l’abondance de ses ressources, un pilier de sa force depuis longtemps.
Cette abondance de ressources devient sans doute encore dans un contexte mondial de plus en plus instable. Avec les perturbations du flux d’énergie et d’autres matières premières dans le détroit d’Ormuz comme dernier exemple en date, les pays cherchent de plus en plus à se procurer leur alimentation, leur énergie et d’autres ressources essentielles auprès de pays stables et fiables, comme le Canada. Dans un monde multipolaire, le Canada s’impose comme une source attrayante de matières premières tant pour les États‑Unis que pour la Chine.
Les graphiques et tableaux qui suivent illustrent la position exceptionnelle du Canada dans de nombreux secteurs liés aux ressources.
Le Canada se classe au quatrième rang mondial pour la production de pétrole (voir le graphique suivant) et au cinquième rang pour la production de gaz naturel (voir le graphique subséquent). Les données sur les réserves indiquent un potentiel de croissance considérable dans les deux secteurs.
Le Canada se situe au quatrième rang des producteurs mondiaux de pétrole brut, derrière les États-Unis, l’Arabie saoudite et la Russie
En décembre 2025. Production de pétrole brut, y compris les condensats de gaz naturel. Sources : Energy Information Administration (EIA), Macrobond, RBC GMA
Les États-Unis dominent la production mondiale de gaz naturel ; le Canada arrive en cinquième position
Au 2024. Sources : The Energy Institute Statistical Review of World Energy 2025, RBC
Le Canada se classe au premier rang mondial pour la production de potasse (voir tableau ci-dessous) et au cinquième rang pour la production totale d’engrais (selon le graphique suivant le tableau). Il est également deuxième pour la production d’uranium, dans un contexte de regain d’intérêt pour le nucléaire. Le Canada occupe la troisième place pour les diamants et la quatrième pour l’or, respectivement. L’or a d’ailleurs suscité un nouvel intérêt à l’échelle mondiale comme alternative au dollar américain.
Le pays est en tête de la production mondiale de potasse et se classe troisième pour l’uranium
Les données relatives aux réserves d’uranium sont de 2023. Toutes les autres données sont de 2024. Sources : Ressources naturelles Canada, RBC GMA
Le Canada occupe la cinquième place mondiale en matière de production d’engrais, immédiatement après les États-Unis.
Il s’agit notamment d’engrais à base d’azote, de phosphate et de potassium. Sources : Foreign Agriculture Service, département américain de l’Agriculture (USDA), RBC GMA
Dans le secteur des métaux, et comme l’indique le tableau précédent, le Canada se classe quatrième pour la production mondiale de nickel, septième pour le lithium et le cobalt, et huitième pour le minerai de fer. Il se classe également quatrième au niveau mondial pour l’aluminium (voir le graphique suivant).
Le Canada se classe quatrième au niveau mondial pour la production d’aluminium
Sources : Ressources naturelles Canada, RBC GMA
Enfin, le secteur agricole du pays reste solide. Il occupe la sixième place mondiale pour le blé, la huitième pour le soja et la dixième pour le maïs (voir les trois graphiques suivants).
Le Canada arrive au sixième rang mondial pour le blé, juste derrière les États-Unis.
Sources : USDA, Macrobond, RBC GMA, 2025
Les États-Unis se situent au deuxième rang mondial pour la production de soja, et le Canada au huitième rang
Sources : USDA, Macrobond, RBC GMA, 2025
Les États-Unis figurent au premier rang mondial pour le maïs, tandis que le Canada arrive en dixième position
Sources : USDA, Macrobond, RBC GMA, 2025
Il se trouve qu’après une décennie d’orientation politique centrée sur les questions de politique sociale, le gouvernement canadien se concentre à nouveau sur la croissance économique du pays, l’augmentation de la productivité et la réalisation de grands projets d’infrastructures et de ressources.
Le gouvernement fédéral actuel est minoritaire semble sur le point d’obtenir une majorité à la suite de plusieurs défections provenant d’autres partis et de l’imminence de prochaines élections partielles au moment de la mise sous presse.
Appuyé par une majorité parlementaire, un gouvernement fédéral orienté vers la croissance économique pourrait constituer un levier important pour augmenter considérablement la production de ressources du Canada au cours des prochaines années.
– EL et VL